ROMELU LUKAKU
Itinéraire d'un serial buteur

Premier épisode de notre nouvelle série 100% web "Histoires de Diables". Jusqu'au Mondial en Russie, tous les quinze jours, la DH vous raconte la belge histoire d'une star de notre équipe nationale. Premier épisode, exceptionnellement gratuit! avec Romelu Lukaku

D'Anvers à Manchester, en passant par Anderlecht ou Everton, voici, en 9 chapitres comme son poste sur le terrain, comment Romelu est devenu le joueur belge le plus cher de la planète foot

1. L'enfance

ROger MEnama LUkaku

Comment Romelu est devenu le joueur belge le plus cher de la planète foot.

Romelu Lukaku est né le 13 mai 1993 à Anvers, à l’hôpital Middelheim. Son prénom est constitué du début des trois noms de son papa : ROger MEnama LUkaku. Il avait à peine vu le jour, que, déjà, son célèbre paternel déposait un ballon de football dans son berceau...Le foot dominait déjà la vie des Lukaku. Cette saison-là, malgré les 9 buts de Roger qui avait déjà été l’artisan de la montée du club anversois parmi l’élite, Boom n’avait pu se maintenir en première division. Mais l’international congolais avait convaincu les observateurs de sa capacité à planter des roses au sein de l’élite. Georges Heylens avait plaidé sa cause auprès de Gérald Blaton, qui lui offrit un contrat à Seraing. Roger Lukaku rejoignit donc le Pairay, et connut la belle épopée sérésienne qui termina sur le podium du championnat, en 1994 (Roger porta ensuite les maillots du Germinal, de Glençlerbirligi, en Turquie, du FC Malines et d’Ostende, où il termina sa carrière pro peu après que son fils aîné eut fêté ses 6 ans)...
Adolphine, la maman de Romelu, appelait son premier enfant Mémé, ce qui signifie mouton. Rapidement, Romelu se montra fort et puissant. Dès ses 7 mois, les poussettes ne résistaient pas à sa grande taille, et à sa robustesse.Mais Romelu avait aussi un autre nom : Romeli.
“C’est ainsi que son papa l’appelait”, confie Annick Mees, son institutrice en 3e maternelle de l’école Sint-Carolus de Ruisbroek, petit hameau de la commune de Puurs, entre Malines et Anvers, où la famille Lukaku habitait à l’époque. “Et tout le monde l’appelait Romeli à l’école. Ce n’est que bien après que nous avons su que son vrai prénom était Romelu...”

"Romeli a été élu…
échevin des Sports de l’école !”

Ivo Marnef, son directeur en primaires

Romelu a suivi toute sa scolarité en néerlandais. Il a donc eu besoin d’un certain temps d’adaptation à son arrivée à l’école Sint-Carolus de Ruisbroek.
“Il ne parlait que le français en arrivant dans ma classe”, se souvient Griet De Neef, son institutrice de 2e gardienne. “Il n’osait donc logiquement pas dire grand-chose. Romelu jouait seul, dans son coin, avec des jeux de construction. Et quand la sonnette annonçant la récréation retentissait, son visage s’illuminait : il pouvait aller jouer au football dans la cour. Romelu était le seul garçon de l’école gardienne qui pouvait participer aux matches des élèves de primaire. Il n’avait peur de rien, et shootait vraiment dans tout...”
Comme tous les jeunes enfants, Romelu apprend très vite le néerlandais, ce qui lui permet de se sentir de mieux en mieux à l’école. Comme le prouve cette excursion, à la Mer du Nord, en 3e maternelle...
“Il n’avait jamais vu la mer”, confie Annick Mees. “Quand nous sommes arrivés sur la plage, Romeli a entamé un sprint incroyable en direction de la mer afin de mettre ses pieds dans l’eau. J’ai essayé de le suivre. En vain… Ce jour-là, il s’est amusé comme un fou, dans le sable et dans l’eau. Au retour vers l’école, il était véritablement épuisé. Il a dormi dans le car durant tout le trajet...”
Quand les Lukaku quittent Puurs, et déménagent non loin de là, à Wintam, près de Bornem, Romelu et son frère Jordan, né un an après lui, changent d’école. Les deux frères atterrissent à l’école Pastoor Huveneers. Et la future star d’Anderlecht s’y débrouilla fort bien.
“Romelu n’étudiait pas énormément, mais suffisamment, parce que son papa le surveillait de près et le poussait à travailler”, avoue Anne Rochtus, son institutrice de 4e primaire. “Il était déjà parfaitement bilingue, mais ses rédactions n’étaient pas toujours très bonnes. Pour Romeli, c’est ainsi qu’on devait l’appeler, il n’y avait que le football qui comptait. Pendant les récréations, il disputait des matches endiablés, comme si sa vie dépendait du score final. Entre professeurs, on se disait toujours que s’il réussissait une carrière de footballeur professionnel, il allait se prendre beaucoup de cartes jaunes...” (rires)
Dirk De Ost, l’un de ses autres instituteurs à Bornem, se souvient très bien de ses rencontres dans la cour, entre les frangins Lukaku : “La classe de Romeli défiait toujours celle de Jordan. La concurrence était féroce, l’intensité incroyable. Ils n’avaient pas de pitié l’un pour l’autre. Cela jouait vraiment la gagne.”
La matière dans laquelle Romelu excellait à l’école était logiquement l’éducation physique.
“Il était le meilleur dans presque toutes les disciplines”, dit Nicole Maes, sa prof de gym. “Lors des concours de saut en longueur, je plaçais généralement deux tapis en mousse par terre, pour que les élèves ne se fassent pas mal. Romelu, lui, atterrissait nettement plus loin, au-delà de ces tapis. Quelle explosivité !”
Lukaku devint de plus en plus populaire au sein de l’école. Et cela ne changea pas lorsqu’il entame ses études secondaires à l’Institut Sint-Jans Berchmans de Puurs...
“Chaque année, un conseil d’élèves était élu”, explique Ivo Marnef, le directeur de l’établissement. “Et notre échevin des Sports des 1res et 2es humanités fut... Lukaku. C’était un exemple, et il encourageait les autres élèves à faire du sport. Romelu participait à toutes les activités sportives organisées par l’école: les cross, la natation, les matches de basket... Inutile de vous dire qu’il était le meilleur dans toutes les disciplines...”

"Des larmes après une finale perdue"

Ivo Marnef, son directeur... entraîneur, en humanités

En humanités, à l’Institut Sint-Jans Berchman de Puurs, Romelu Lukaku était bien évidemment le pilier de l’équipe de foot de l’école. “Grâce à lui, nous avons remporté la très prisée Coupe Kardinaal”, explique le directeur de l’établissement, Ivo Marnef, également le coach de l’équipe. “Romelu était omniprésent sur le terrain, il faisait tout. Mais il laissait également jouer ses équipiers. Je ne l’ai vu peiner qu’une seule fois : contre un élève d’une autre école, qui jouait à cette époque au Club Bruges. En 2007, nous avons perdu la finale de cette Coupe Kardinaal. Romelu était furieux. L’arbitre n’avait cessé de siffler des fautes contre lui, alors qu’il utilisait son corps, certes robuste, pour protéger son ballon. Il a quitté le terrain en pleurnichant, et m’a lancé : Je vais le dire à mon papa (rires). L’école a même créé un fan club : les Romelistes. Cinq profs ont d’ailleurs toujours une carte de membre officielle, et son papa et sa maman en sont membres d’honneur...”
Romelu Lukaku était le chouchou du directeur de l’Institut Sint-Jans Berchmans à Puurs.
“Il venait à l’école en bus”, se souvient Ivo Marnef. “Mais, quelques fois, il arrivait en retard à l’école. Puisque j’habitais dans le même quartier que lui, je lui ai prêté ma bicyclette pour qu’il puisse venir à l’école. Il n’est plus jamais arrivé après le début des cours. Mais mon vélo, il ne me l’a jamais rendu!” (rires)

“L’idole des filles”

Vinnie, son ami d’enfance, se souvient très bien du vélo du dirlo: “On faisait des courses pour rentrer à la maison. Mais moi, je peinais sur mon VTT. Romelu volait littéralement sur le vélo de course du directeur...”

Avec Vinnie Frans, son ami d'enfance.

Avec Vinnie Frans, son ami d'enfance.

Vinnie Frans était le voisin des Lukaku à Wintam. Il partageait avec Romelu la passion du foot, puisque l'Anversois, formé au Lierse, défend aujourd'hui les buts du Lyra. “Je crois qu’il m’a fusillé des milliers de fois sur la petite plaine de jeux du quartier”, se souvient Vinnie. “Plus jeune, il avait déjà de la dynamite dans les pieds. En été, nous jouions parfois au foot jusque 23 h, dehors. Et il nous arrivait de taper la balle dans la petite piscine gonflable qui était plantée dans son jardin.”
Geoffrey Kerremans, autre enfant du quartier, participait à ses longues parties de foot improvisées.
“Vinnie organisait aussi un Tour de France”, lance-t-il. “On attribuait un maillot jaune et un vert. Grâce à ses jambes interminables, Romelu raflait tous les prix. Mais il n’était pas le plus intrépide de la bande. Quand nous sonnions aux portes, pour taquiner les habitants du quartier, Romelu était le premier à s’enfuir. C’était... Jordan, son petit frère, qui devait pousser sur les sonnettes !” (rires)
Les exploits de Romelu en ont vite fait une vedette de l’école. Ce qui attirait bien évidemment les filles...
“Il va de soi qu’il avait une copine de temps en temps”, avoue Vinnie. “Mais Roger, son papa, ne pouvait pas le savoir. Pourtant, c’était très innocent. Quand il participait à des activités sportives, il y avait toujours plus de nanas qui s’inscrivaient pour faire partie de l’équipe. Romelu était un peu l’idole des filles. En plus, il était toujours à la pointe de la mode. Tout le monde le prenait en exemple. Il fut le premier de l’école à porter des pantalons hip-hop avec leur coupe baggy.”

2. Né pour le foot

“Il a marqué 76 de nos 156 buts !”

Tony Van Brandt, son entraîneur au Lierse

De Rupel-Boom au Lierse, le "petit" Lukaku en a fait tremblé des filets

Dès son plus jeune âge, Romelu avait déjà une tête en plus que ses équipiers... et que ses adversaires. Très souvent, ceux-ci demandaient de vérifier sa carte d’identité. “Heureusement qu’il était né à Anvers et pas en Afrique”, affirment ses anciens entraîneurs.
C’est à six ans que Romelu s’inscrit dans son premier club de foot, dans les Diablotins de Rupel-Boom, l’équipe qui lança la carrière de son père dix ans auparavant.
“Entre-temps, Roger avait mis un terme à sa carrière, à Ostende”, raconte Erwin Wosky, le premier entraîneur de Romelu. “Il habitait Ruisbroek et connaissait encore beaucoup de monde à Boom...”
Les Diablotins s’entraînaient deux fois par semaine, souvent sous le regard de Roger : “Son papa était l’idole de Romeli. À la maison, il regardait des vidéos des buts de Roger et il essayait de reproduire les mêmes gestes à l’entraînement. C’était très difficile pour un si petit gars, mais de temps en temps, il réussissait son coup et on voyait déjà qu’il avait du talent. Roger trouvait les imitations de son fils fantastiques.”
Même si les classements n’existent pas dans la catégorie Diablotins, Romelu s’est très vite focalisé sur le fait de marquer des buts : “Dès qu’il avait la balle, très peu d’adversaires pouvaient l’arrêter. Il partait en dribble puis marquait du gauche. Il avait déjà une très bonne frappe... d’un seul pied. Pendant ses premières années, son pied droit ne lui a servi que d’appui. Il faut laisser les Diablotins dribbler mais sans tomber dans l’égoïsme. Voilà pourquoi j’expliquais régulièrement à Romeli qu’il pouvait parfois passer le ballon... Et quand il devait sortir, il était très mal luné ! Mais il faut du temps de jeu pour tout le monde.”
En préminimes (9 ans), Romelu a encore davantage dû apprendre à devenir collectif.
“C’est le plus grand talent qui ait jamais foulé la pelouse de Boom”, explique Louis De Boeck, le père de Glen, son entraîneur à l’époque. “Avec lui, nous n’avons perdu que très peu de matches. Mais j’ai dû le sortir plus d’une fois parce qu’il était trop individualiste. Je lui donnais une balle sur le côté et je lui disais : ‘Vas-y, joue tout seul, puisque c’est ce que tu fais sur le terrain. Tu n’as visiblement pas besoin de tes équipiers’. C’est comme ça qu’il a appris à jouer en équipe.”
Mais la présence de Romelu sur le banc avait aussi d’autres explications : “Parfois, il manquait simplement à l’appel. Roger conduisait une voiture en mauvais état, pour ne pas dire un bac, qui tombait régulièrement en panne. On devait souvent passer un coup de fil pour savoir si Romeli arriverait ou pas... S’il manquait un entraînement, j’étais obligé, par honnêteté, de le mettre sur le banc le match suivant. Mais je ne pouvais pas être fâché sur sa famille : ce sont des gens très sympathiques.”
Quand les Lukaku ont quitté Ruisbroek pour Wintam, le petit footballeur a signé pour le club local, qui évoluait en P2 et dont les jeunes évoluaient dans les séries régionales.
“Roger Lukaku était à la fin de sa carrière, il en avait marre de devoir aller jusqu’à Ath, où il jouait en provinciale”, se souvient Steve De Buyser, ancien joueur de Wintam. “En plus d’entraîner nos scolaires, Roger avait été le meilleur attaquant de notre série en équipe première. Ses fils l’accompagnaient partout. Pendant nos matches, on retrouvait systématiquement Romelu et Jordan en train de taper la balle sur le terrain annexe. Après le match, ils étaient parfois plus fatigués que nous...”
Steve De Buyser était aussi l’entraîneur des minimes de Wintam : “Romelu s’était d’abord entraîné avec les préminimes mais, vu sa taille, on s’est dit que cela ne pourrait pas faire de mal qu’il évolue dans la catégorie supérieure. Même en minimes, il avait toujours deux défenseurs sur le dos ! Il était costaud dans les duels, allait vite et sa frappe du gauche était énorme. Quand nos adversaires demandaient de voir sa carte d’identité et qu’ils constataient qu’il était le plus jeune de l’équipe, ils en devenaient blêmes... Ou alors ils lançaient des remarques racistes. Un jour, c’est allé si loin que j’ai sorti Romelu et nous avions dû calmer Roger.”
Le fait d’évoluer avec des joueurs plus âgés a appris à Romelu à être plus altruiste sur le terrain. Même s’il était toujours meilleur buteur, il délivrait aussi de nombreux assists. Le nouveau danger, c’était le piège de la nonchalance : “Romelu pensait parfois qu’il suffisait de lui donner la balle pour que tout nous réussisse, mais cela n’était pas toujours le cas. Un jour, devant le but vide, il a frappé trop mollement et le ballon s’est arrêté dans une flaque. J’ai tellement juré que Romelu a balancé ses chaussures et a rejoint les vestiaires en pleurant. Malgré son talent, je ne pouvais pas accepter un tel comportement. C’est vrai, j’ai peut-être été un peu trop vif avec un joueur aussi sensible que lui. Mais après coup, Romelu a confié que mon approche sévère l’avait aidé.”
Cette saison-là, les minimes de Wintam ont été sacrés champions, grâce à un succès 3-0 lors de la dernière journée. Romelu avait signé le doublé. Glenn Van Acoleyen avait inscrit le dernier but. Il témoigne :
“En tant qu’ailier droit, j’ai délivré de nombreux assists à Romelu. Avec sa taille, il gagnait presque tous les duels dans le rectangle. Même s’il n’était pas aussi large d’épaule que maintenant... C’était même le plus maigre de l’équipe ! Mais il était aussi très athlétique. En dehors du terrain, il était fort timide : il ne se faisait pas remarquer. Le jour du sacre, nous avions bu ensemble du champagne… pour enfant, non alcoolisé.”
La fête terminée, les minimes avaient ensuite disputé un tournoi international à Maurepas, en France.
“Romelu ne pouvait pas y participer”, raconte Steve De Buyser. “Son papa trouvait qu’à 11 ans, il était trop jeune pour se trouver plusieurs jours loin de chez lui. Comme je ne voulais pas me passer de mon meilleur attaquant, j’ai insisté. Et Roger a plié...”
Lors de ce tournoi, Wintam fut éliminé en demi-finale aux tirs au but, contre les Néerlandais de Lisse : “Mes joueurs, déçus, pleuraient et je ne savais pas vraiment quoi leur dire. Seul Romelu resta calme. Je n’oublierai jamais comment il consola ses équipiers alors qu’il était le plus jeune. En fait, c’était peut-être plus facile pour lui de digérer la défaite, car il avait été l’homme du match. Après avoir dribblé trois hommes et conclu son action par un but, il avait été applaudi par tout le public.”
Un tel talent ne pouvait s’attarder à Wintam. Ce sont Jef Van Hoomissen et son fils Marc, respectivement, soigneur et entraîneur de jeunes au Lierse, qui l’ont amené jusqu’à la chaussée du Lisp.
“J’avais moi-même joué à Wintam”, explique Marc. “Dans la région, on parlait de plus en plus de deux jeunes footballeurs : Romelu et Jordan Lukaku. Je suis allé voir l’aîné, et il m’a tout de suite impressionné. J’ai directement demandé à son père s’il pouvait faire un essai au Lierse. J’y entraînais les U11 et nous avions au programme un match amical contre Feyenoord. Roger a donné son accord.”

Lukaku lors de son premier match avec le Lierse.

Lukaku lors de son premier match avec le Lierse.

Malgré la hausse subite de niveau, Romelu n’a pas dénoté. Bien au contraire : “Romelu n’avait pas marqué, mais il a joué comme s’il avait toujours affronté ce genre d’équipes... Il avait fait une vraie démonstration de puissance. Le soir même, son transfert au Lierse était réglé. Nous avions convenu avec Roger qu’il terminerait la saison avec Wintam, mais qu’il viendrait une à deux fois par semaine s’entraîner chez nous. Ensuite, Romelu et Jordan viendraient définitivement. Mon père et moi étions chargés du transport, car Lier se trouve tout de même à 35 minutes de route de Wintam.”
Un lien fort s’est très vite noué entre Romelu et ses chauffeurs.
“Mon père Jef, décédé depuis, était un peu comme un deuxième papa pour lui”, ajoute Marc Van Hoomissen. “Très vite, nous l’avions appelé Romme. Mon père allait les chercher, lui et son frère, à 17 h et ils faisaient leurs devoirs dans la voiture. De temps en temps, on s’arrêtait chez le boulanger pour leur offrir une couque au beurre. Mon père a été très fier d’un peu jouer le rôle de mentor pour Romelu.”
Pour sa première saison au Lierse, en moins de 12 ans, l’aîné des fils Lukaku a eu besoin d’un petit temps d’adaptation.
“Romelu était encore impétueux”, se rappelle son coach au Lierse, Tony Van Brandt. “Parfois, on se moquait de lui parce qu’il frappait si fort dans la balle qu’il manquait d’énormes occasions, mais cela n’a pas duré longtemps. Il avait une énorme envie d’apprendre et en fin de saison, ses équipiers l’avaient mis sur un piédestal. C’est par lui qu’arrivaient les buts et les victoires. C’était un très bon groupe. Je les vois encore se jeter dans la boue tous ensemble après l’entraînement...”
L’un des meilleurs amis de Romelu à cette époque était Zinho Gano, attaquant originaire de Guinée aujourd'hui à Ostende.
“Vu nos racines, on s’est naturellement rapprochés”, raconte Zinho. “Ensemble, on marquait beaucoup. Je me souviens d’un match contre Mouscron remporté 10-0 : Romelu et avait mis cinq et moi quatre. En dehors du terrain, on s’entendait aussi très bien. On écoutait 50 Cent, on jouait à la Playstation et on parlait des filles... Il restait parfois chez moi après un entraînement ou un match. Un matin, il m’a réveillé parce qu’il était en train de faire des abdos ! C’était son petit rituel du matin...”

Lukaku au Lierse.

Lukaku au Lierse.

Cette année-là, le Lierse a terminé champion avec onze points d’avance sur Anderlecht. Et contre le Sporting, Romelu a marqué... quatre buts. La saison suivante, en U13, il connut un pic de croissance, ce qui le rendit encore plus impressionnant physiquement.
“Dans toute ma carrière d'entraîneur des jeunes au Lierse, j’ai coaché des très bons joueurs comme Bob Peeters, Dirk Huysmans ou Hans Somers, mais un joueur comme Lukaku, on n’en voit qu’une fois dans une vie", remarque Tony Van Brandt. "On a encore été champion cette saison et Romelu a inscrit 76 de nos 156 buts ! C’était phénoménal. Mais, parfois, ça faisait froid dans le dos de voir les coups que ses adversaires lui donnaient. Lors d’un tournoi à Eindhoven, il a tellement ridiculisé le PSV que des parents ont crié : ‘Cassez-le ! Envoyez-le au vestiaire!”
Une fois de plus, le club de Lukaku est devenu trop petit pour lui et ses prestations attiraient de plus en plus de scouts.
“On ne pouvait pas le garder”, regrette Marcel Vets, coordinateur des jeunes au Lisp. “Le dernier jeune que j’ai vu avec une frappe aussi sèche, c’était... Ludo Coeck, quand il était minime à Berchem Sport. Roger avait un plan de carrière en tête pour son fils. Après deux ans passés au Lierse, il devait passer à l’étape suivante. Roger n’hésitait pas à délivrer des critiques sévères mais fondées à l’adresse de Romelu. Quand il ne jouait pas bien, son père haussait la voix, mais il ne se mêlait jamais de la tactique...”
Romelu a fait ses adieux à ses équipiers lierrois lors de la fête du titre.
“Nous lui avions offert un maillot avec le n°76, comme le nombre de buts qu’il avait marqués”, raconte Zinho. “Romelu avait alors pris la parole pour un speech d’adieu. Il avait la gorge nouée. Mais on était ravi pour lui et on a lui a tous souhaité un grand et beau transfert à Anderlecht...”

3. Purple Talent

Anderlecht tient sa pépite

Transféré du Lierse, Romelu Lukaku empilait les buts chez les jeunes d’Anderlecht et suscitait l’intérêt des grands clubs étrangers, mais le Sporting estimait alors qu’il devait encore peaufiner sa technique. Le club a donc mis sur pied le projet Purple-Talents et, entre-temps, Lukaku a dissipé tous les doutes. Trois ans plus tard, l’adolescent forçait les portes de l’équipe A…

"Une F1 qui doit être fameusement réglée !”

Jean Kindermans, directeur technique des jeunes à Anderlecht
Jean Kindermans.

Jean Kindermans.

Le plan ébauché par Roger Lukaku pour ses fils a commencé à se dérouler comme sur des roulettes dès que Romelu (13 ans) et Jordan (12 ans) ont rejoint Anderlecht, en 2006. La même année, une dizaine de jeunes talents lierrois effectuèrent le saut vers Neerpede. Les Pallieters crièrent au vol, suggérant même que les Mauves jouent cette saison-là avec un brassard jaune et noir…
“En réalité, nos scouts avaient noté seulement quatre noms”, explique Jean Kindermans, le directeur technique des jeunes d’Anderlecht. “Les frères Lukaku, Gideon Boateng (NdlR : ex-attaquant au MVV Maastricht et à Visé) et Nicky Simons. Mais, cette année-là, le Lierse fut impliqué dans le scandale des matches truqués de l’Affaire Ye. Le club étant mal en point, pas mal de joueurs nous ont contactés pour venir chez nous, mais les Lukaku n’en faisaient pas partie.”
Le téléphone de Dirk Gyselinckx chauffa à cette époque : un an plus tôt, il démissionna de son poste de coordinateur des jeunes… au Lierse avant de reprendre ce rôle quelques mois plus tard au Sporting, où il devint le bras droit de Jean Kindermans.“C’est vrai que j’ai reçu des coups de fil de joueurs que j’avais connus au Lierse”, confie-t-il. “Pour certains d’entre eux, j’ai remis un avis favorable, mais les frères Lukaku n’en avaient évidemment pas besoin. Sans moi, ils seraient quand même venus à Anderlecht. Un scout comme Johnny Peeters avait remarqué déjà de longue date les talents de buteur de Romelu. J’ai seulement conseillé à la direction de ne pas traîner, car pas mal d’équipes s’intéressaient à eux…”
Rapidement, Romelu et Jordan se mirent d’accord avec Anderlecht. Peu de temps après, Romelu disputa encore une rencontre sous le maillot du Lierse, en U13, contre… Anderlecht. Jean Kindermans assista à ce match : “Johnny Peeters vint vers moi et me dit : ‘Nous avons transféré le grand, devant.’ Pour être honnête, j’étais un peu surpris. Romelu délivra juste un centre et le ballon atterrit derrière le but. Je répondis à Johnny : ‘Sur base de sa puissance et de sa vitesse, il est en avance sur les jeunes de son âge, mais il a encore beaucoup à apprendre.’ J’avais l’impression de voir à l’œuvre une Formule Un qui devait encore être fameusement réglée. Pour affronter une plus rude concurrence, Romelu devait être aligné dans la catégorie d’âge supérieure. Face à des adversaires plus matures physiquement, il ne pourrait plus seulement user de sa force athlétique. Il devrait cette fois essayer de trouver des solutions en s’appuyant sur sa technique.”
Ainsi, Romelu se retrouva la saison suivante directement dans le noyau U15 d’Anderlecht. Nicky Keirsmaeckers en était l’entraîneur : “Romelu était un garçon imposant, mais n’était guère habitué au jeu en combinaison. Au Lierse, ses équipiers avaient l’habitude de lui balancer de longs ballons dans la profondeur et il terminait le travail. Un tiers de mon groupe était plus doué techniquement que Romelu. Son endurance n’était pas non plus terrible. C’était avant tout un joueur explosif. Mais, dès le premier entraînement, il manifesta l’ambition d’être le meilleur. De tous les joueurs que j’ai eus sous ma direction, c’est celui qui est venu le plus me poser des questions. Je ne me souviens pas d’un seul entraînement où il n’était pas motivé. Anderlecht est une école impitoyable. Les jeunes qui n’ont pas le niveau sont ignorés par leurs équipiers plus doués. Seuls les plus forts survivent. Avec Romelu, nous avons travaillé longtemps son contrôle et son toucher de balle, son jeu de position, etc. Il eut également parfois des entraînements particuliers avec l’ancien médian d’Anderlecht, Charly Musonda. Il était chaque fois fâché sur lui-même s’il ne progressait pas assez vite à son goût.”
Le jeune attaquant a eu l’avantage de s’intégrer très rapidement dans le groupe.
“Chacun pouvait rigoler avec Romelu”, confirme le gardien des U15 de l’époque, Glenn Moons. “À Anderlecht, le vestiaire est divisé entre francophones et néerlandophones. Mais Romelu, bilingue, pouvait discuter avec tout le monde. Et avec ses racines congolaises, il s’entendait très bien avec les joueurs d’origine africaine.”
“Romelu fonctionne le mieux dans un contexte chaleureux”, confirme le coach de l’équipe, Keirsmaeckers. “Quand Adolphine, sa maman, a connu des problèmes de santé, il était si préoccupé qu’il avait parfois les yeux embués de larmes. De même, quand j’étais trop sévère, il cherchait souvent refuge auprès de sa mère. Ses parents étaient présents à chacun de ses matches. Auprès d‘Adolphine, il cherchait du réconfort dès que cela allait moins bien. Auprès de Roger, il cherchait plutôt une confirmation sur plan du football.”
Le groupe dans lequel Romelu débarqua à Anderlecht était une excellente levée. Avec de bons entraînements, de bons partenaires pour le servir et, toujours, cette puissance athlétique, il continua de collectionner les goals.
“Sa force de frappe et son jeu de tête constituaient ses principaux atouts”, poursuit Keirsmaeckers. “Contre Genk, il inscrivit ainsi un but d’un coup de tête assené au-delà du point de penalty. Ce coup de tête était presque aussi puissant qu’un tir. Contre La Gantoise, on gagna un jour 0-8 et il prit cinq buts à son compte. Nous sommes devenus champions et Romelu inscrivit à lui seul 59 buts. Au terme de cette saison-là, nous avons même préféré ne disputer aucun tournoi, pour ne pas mettre nos meilleurs éléments en évidence sous les yeux des plus grandes équipes…”
Parce qu’il était tellement mordu du foot, Romelu prit cependant encore part à un tournoi avec l’équipe de son âge, les U13 coachés par Yannick Ferrera. Il disputa une compétition au Paris Saint-Germain.
“En championnat, la formation est plus importante que les résultats proprement dits. Mais, lors des compétitions internationales, Anderlecht veut toujours gagner”, lâche Ferrera. “Nous avons seulement été battus en demi-finale, aux tirs au but, par le PSG, et Romelu a été sacré meilleur buteur du tournoi. Je lui avais donné le brassard de capitaine et déclaré devant ses équipiers que nous avions avec nous King Romelu. Ce n’était pas un leader qui parlait beaucoup, mais il prenait ses responsabilités. Chacun était bien conscient qu’il était le meilleur. Romelu et moi étions deux grands fans de Chelsea. Lui de Didier Drogba, moi de l’entraîneur de l’époque, Jose Mourinho. Nous discutions souvent avec des équipiers qui supportaient d’autres équipes. Un jour, lors de l’annonce du onze de base, j’ai changé le nom de mes joueurs par celui des stars de Chelsea. Si vous disiez à Romelu qu’il était Drogba, il se surpassait encore plus sur le terrain.”
Pourtant, au terme de cette première saison chez les jeunes d’Anderlecht, Romelu ne ralliait pas encore l’unanimité autour de son nom. “Chaque fois que je me renseignais à son sujet, on me répondait : ‘Romelu a marqué trois goals, mais…" sourit Dirk Gyselinckx. “Il y avait toujours un mais… Jusqu’à ce que le manager de Chelsea, Frank Arnesen (NdlR : l’ancien joueur danois d’Anderlecht), vienne frapper à notre porte. Roger Lukaku me téléphona. ‘J’ai un problème’, lança-t-il. Heureusement, la famille Lukaku maintint sa préférence à Anderlecht. Jean Kindermans et moi-même avons alors invité Roger à un match des Espoirs, avant d’aller manger un bout ensemble. Nous avons évoqué l’avenir. Avec sa fascination pour le football, j’ai toujours cru très fort en Romelu.”
“Il y a toujours des recruteurs et des agents de joueurs aux matches”, ajoute Jean Kindermans. “Parfois, le long de la ligne de touche, il y a parfois davantage de petites caméras que de supporters. Et ce sont rarement des parents qui filment leur enfant… Pour Romelu, l’intérêt a toujours été réel : Chelsea, Arsenal… Il y avait des clubs anglais mais aussi italiens et espagnols. Nous nous sommes mis à table avec la direction d’Anderlecht, qui nous a soutenus avec la famille Lukaku afin de dessiner un véritable plan pour Romelu.”

Romelu a noué un lien fort avec Remy Van Hoey (au millieu), l’un des 
chauffeurs du van qui l'emmenait tous les jours, avec Roef, à l'entraînement…

Romelu a noué un lien fort avec Remy Van Hoey (au millieu), l’un des
chauffeurs du van qui l'emmenait tous les jours, avec Roef, à l'entraînement…

Au cours de leurs premières saisons à Anderlecht, Romelu et Jordan vivaient toujours à Wintam. Les deux frères allaient même encore à l’école à Puurs.
“J’ai même une fois interdit à Romelu de jouer avec l’équipe de son école”, rigole Nicky Keirsmaeckers. “Mais, pour faire plaisir à ses copains, il a quand même joué. Il a présenté ses excuses après coup. Heureusement, il ne s’était pas blessé...”
Wintam-Neerpede, ce n’est pas vraiment la porte à côté. Le Sporting avait imaginé un système pour leurs trajets. Un minibus conduit par Remi Van Hoey et Ludo Van de Weyer allaient quérir à leur sortie d’école tous les jeunes Anderlechtois de la région d’Anvers, afin de les amener à l’entraînement du soir.
“Hélas ! nous tombions dans les bouchons entre Anvers et Bruxelles”, explique Remi van Hoey. “Nous devions souvent nous dépêcher pour arriver à temps à l’entraînement. Ce n’était pas l’idéal...”
“L’atmosphère dans le minibus était vraiment géniale”, se souvient Yannick Lodders, un autre jeune joueur. “Comme j’étais le plus âgé et que Romelu avait une sainte horreur des mathématiques, je faisais parfois ses devoirs dans cette branche. Comme cela, nous pouvions plus rapidement nous amuser dans le minibus. Nous pouvions alors écouter un CD. Je taquinais souvent Romelu avec une chanson qu’il n’aimait pas...”
Pour résoudre le problème des files, le Sporting convainquit Romelu et ses compagnons anversois d’opter pour une école à Bruxelles : le minibus les conduisait à l’école le matin, et venait les chercher en fin d’après-midi pour les conduire à l’entraînement.
“La deuxième année, Romelu et Jordan devaient être prêts à 7h du matin à Wintam”, poursuit Van Hoey. “Les premières semaines, ce fut un problème. Un jour, je suis même reparti sans les deux frères. Cela n’avait pas fait rire Roger, leur papa, mais j’avais un programme serré. Cela ne s’est plus jamais reproduit... Le matin, les gamins étaient fatigués et écoutaient essentiellement la musique. Mais, après l’école, c’était plutôt le chambard. Romelu était plutôt calme, mais Jordan animait le minibus avec ses histoires sur les filles. Ce n’était pas toujours simple pour moi de me concentrer sur la route, mais nous n’avons jamais eu un accident. (rires) Une seule fois, nous avons eu une frayeur. Nous devions aller chercher Niels. Romelu et ses amis étaient assis dans le minibus. Quand il a traversé la rue, le garçon a été percuté par une voiture, projeté sur le pare-brise, qui s’est fendu. Heureusement, Niels n’avait rien, son sac à dos ayant amorti la chute, mais nous étions tous paniqués. Romelu était immédiatement descendu pour donner un coup de main...”
Outre la question des transports, Anderlecht devait développer les projets sportif et scolaire pour conserver ces jeunes talents à Bruxelles. Il lança le projet Purple Talents. Lors de sa deuxième saison mauve, Romelu, à l’instar des meilleurs éléments des U15, fut incorporé au groupe des U17. Il sautait de nouveau deux catégories d’âge et, à 14 ans, affrontait des gaillards de 16 ans.
“Cette levée était confiée à l’entraîneur Arnold Rijsenburg”, narre Jean Kindermans. “Malgré la moyenne d’âge peu élevée, cette équipe squatta le haut du classement. Je suis également allé disputer quelques matches au Qatar avec ce groupe. Romelu n’en était pas, car ses papiers n’étaient alors pas tout à fait en ordre...”
Quand le projet Purple Talents a commencé à tourner à plein régime, des joueurs de 14 ans comme Romelu ont effectué de grands progrès sur le plan individuel.
“Les entraînements du soir ne suffisent pas à former des joueurs du top”, explique Jean Kindermans. “C’est pourquoi nous avons noué une collaboration avec les instituts Saint-Nicolas et Saint-Guidon. Depuis lors, les chauffeurs vont chercher le joueur pendant la 4e heure de cours pour un entraînement particulier. L’heure perdue est récupérée le soir, avec les cours de guidance. Le soir, il y a encore l’entraînement collectif. L’avantage, c’est que nos joueurs peuvent choisir leur option scolaire, du latin au tourisme. Nous suivons de près les résultats scolaires de nos joueurs. Nous essayons de corriger et d’aider celui qui a des mauvais points ou connaît des problèmes disciplinaires. Un joueur peut être interdit d’entraînement pour ces raisons. Romelu n’a jamais eu de tels problèmes. Il a juste reçu une fois une réprimande pour s’être disputé, à la suite d’insultes racistes. Pour Roger Lukaku, c’était d’ailleurs un soulagement de devoir moins se préoccuper des résultats scolaires. Notre projet l’a convaincu de laisser ses fils Romelu et Jordan à Anderlecht.”
Les entraînements individuels du matin étaient dispensés par des coaches comme Charly Musonda, René Peeters, Geert Emmerechts et Yannick Ferrera.
“Les attaquants, les défenseurs et les médians travaillent dans des groupes séparés”, éclaire Ferrera. “Je m’occupais régulièrement de Romelu, ainsi que de deux autres jeunes attaquants, comme Tortol Lumanza Lembi (qui évolue désormais à Stabaek, en Norvège). Avec mon look latin, Romelu me surnommait Jose Mourinho. Il a effectué beaucoup de progrès au cours de ces séances. Nous travaillions par thèmes ses points faibles, comme concrétiser de son mauvais pied. C’est pourquoi il devait parfois s’astreindre à une séance de 200 tirs avec son pied droit.”
“Pendant ces séances, on faisait parfois des concours, Romelu et moi, pour voir qui inscrirait le plus de goals”, se rappelle Tortol Lumanza Lembi. “Je gagnais rarement. Quand Romelu était dans un bon jour, il envoyait 150 ballons dans les filets.”
Cette année-là, tout Anderlecht commençait à croire en ce puissant adolescent. À 15 ans, Romelu intégra directement les U19 de Geert Emmerechts.
“Je suis un entraîneur qui aime les conflits”, lâche l’ancien international du RWDM et de l’Antwerp. “Je peux aborder un joueur de manière assez agressive, mais Romelu réagissait le plus souvent de façon positive. Nous devions lui apprendre à davantage défendre et à mieux trouver l’espace dans le rectangle, mais ça s’est très bien déroulé. Il était très concentré. Au complexe d’entraînement, les iPods et les GSM étaient, par exemple, interdits, mais certains joueurs se promenaient avec de véritables mini-stéréos. J’ai rarement surpris Romelu en défaut. Ce garçon est une véritable crème. Il est toujours resté très humble. S’il devait ranger le vestiaire, il le faisait toujours sans râler. Seules les remarques racistes lancées par certains parents le long de la ligne de touche pouvaient le faire sortir de ses gonds. À Lokeren, il a une fois réagi. Normalement, les joueurs reçoivent dans ce cas-là une remarque, car le code disciplinaire du club leur demande de ne jamais se laisser influencer. Mais bon, venant d’un jeune de 15 ans, je pouvais admettre cette réaction.”
Lukaku ne s’éternisera guère plus d’une demi-saison en U19 et fut prestement transféré dans le noyau Espoirs confié à Johan Walem.
“Chaque fois que nous accueillions un si jeune joueur africain dans nos rangs, nous avions l’habitude d’en rire : ‘Regarde, en voilà encore un", avoue Stefan Roef, l’entraîneur des gardiens en Espoirs. “Mais, à 15 ans, Romelu a directement forcé notre respect. Nous savions combien de buts il était capable d’inscrire. Il allait le démontrer avec notre équipe.”
“Au fitness, il faisait grande impression”, sourit son équipier d’alors Yannick Lodders. “J’éprouvais toutes les peines à soulever 50 kilos, Romelu le faisait sans problème.”

Son chauffeur personnel, Ludo, promettait à Romelu de faire des crêpes s’il atteignait un nombre de buts. Il s’est toujours exécuté, en famille.

Son chauffeur personnel, Ludo, promettait à Romelu de faire des crêpes s’il atteignait un nombre de buts. Il s’est toujours exécuté, en famille.

Romelu faisait continuellement des paris avec le chauffeur, Ludo Van De Weyer.
“Chaque année, je convenais d’un total de buts avec lui”, sourit-il. “S’il inscrivait 50 goals avec les U13, je préparais des crêpes. Chez les U17, il devait en inscrire 30, chez les U19 au moins 20... Chaque fois, j’ai perdu !”
Romelu fit, bien involontairement, passer des nuits blanches à Jean Kindermans qui craignait de voir filer sous d’autres cieux le jeune buteur : “Lukaku ne pouvait signer de contrat professionnel avant ses 16 ans. Les plus grands clubs européens faisaient le pied de grue devant notre porte. Quand les Espoirs sont allés disputer le prestigieux tournoi de Viareggio, en Italie, qui fourmillait de scouts, nous avons longuement discuté avant d’y envoyer également Romelu. Finalement, il a accompagné ses équipiers et tout s’est bien passé.”
Le 13 mai 2009, jour de ses 16 ans, Romelu Lukaku signa son premier contrat professionnel à Anderlecht. L’adolescent s’entraîne alors déjà régulièrement avec le noyau A, mais les Mauve et Blanc sont alors en lutte pour le titre. Lors du second test-match contre le Standard, à Sclessin, Ariël Jacobs le lance après 65 minutes. Le Sporting perd 1-0 et doit laisser filer le titre...
“La joie de son premier match pro et la déception du titre perdu s’entremêlaient dans la tête de Romelu”, commente son ami et équipier chez les jeunes, Marco Sarcinella. “Le lendemain de ce duel, un tournoi interne opposait les équipes de jeunes d’Anderlecht. Romelu y prit part comme à l’ordinaire et remporta la compétition. Chacun trouva ça fantastique de sa part.”

Romelu à l’anniversaire de son pote Marco, 
qui a été son équipier et son camarade de classe.

Romelu à l’anniversaire de son pote Marco,

qui a été son équipier et son camarade de classe.

“Il aurait aimé être un ado comme un autre”

Ses copains de classe.

Quand Romelu, à 16 ans, a intégré le noyau A du RSCA, sa vie a complètement changé. Durant un an, une télévision (pour l’émission De School van Lukaku) avait suivi ses faits et gestes à l’école. Sa famille a déménagé à Bruxelles. À l’école, il reçut un accompagnateur personnel. Fini le temps où il pouvait se promener incognito dans les rues, le jeune footballeur espoir est devenu un Bekende Vlaming!

La famille Lukaku avait accueilli les caméras de la VRT 
à Neerpede.

La famille Lukaku avait accueilli les caméras de la VRT
à Neerpede.

À un jet de ballon du stade Constant Vanden Stock s’étire la chaussée de Ninove, dévorée tout le jour par des files de voitures. Tapis dans la verdure, en face d’un étang clapotant, s’y dresse un immeuble fermé au tout-venant par ce petit panneau péremptoire : propriété privée. C’est là, dans cet endroit très distingué, qu’habitaient la famille Lukaku.
Au cours de l’été 2009, après son maiden match au Standard, Romelu Lukaku est devenu membre à part entière du noyau A. Son programme était devenu si chargé après les entraînements et les heures de cours qu’il lui était devenu impossible de faire tous les jours la navette entre Wintam et Bruxelles. La famille décida alors de louer un appartement dans la capitale.

Les Lukaku se sont installés dans cet immeuble de Neerpede.

Les Lukaku se sont installés dans cet immeuble de Neerpede.

“Cet appartement était purement pratique”, précise Annick Bongers, régisseuse de l’émission De School van Lukaku, qui s’est régulièrement rendue sur place avec une équipe de cameramen. “C’était un endroit très agréable quand maman Adolphine mitonnait de la cuisine congolaise. Mais, pour le reste, c’était avant tout un lieu de séjour : un endroit pour se reposer et dormir. Je n’enviais pas la vie de Romelu. Tout était fait en fonction du football et de l’école. Pendant que ses amis pouvaient faire du shopping rue Neuve le week-end, s’amuser pendant la foire du Midi ou aller voir un film au cinéma, il devait rester à la maison. Parfois, il faisait ses devoirs, mais le plus souvent il jouait à la PlayStation ou il regardait un DVD. Ou encore il analysait les images d’un de ses matches avec son père.”
À Bruxelles, ses meilleurs amis l’ont connu d’abord par l’entremise du sport. Ainsi Sara Dziri, d’origine italienne et tunisienne, devint une de ses bonnes copines après une discussion sur le football.
“J’ai appris à connaître Romelu quand nous avons discuté à l’école au sujet de la sélection italienne”, sourit Sara. “Romelu trouvait l’équipe italienne stupide car elle jouait de manière trop défensive, ce qui échauffait mon sang italien... Je lui suis tombée dessus pour défendre mon équipe. Ce fut une conversation animée, mais nous sommes devenus de bons amis depuis lors. Quand Romelu vous accorde sa confiance, c’est bien ancré dans son cœur. Naturellement, il me taquinait toujours. Quand, cette année-là, je fus une fois exclue du cours, j’entendis Romelu m’appeler depuis un autre local de classe. Mais vous pouvez difficilement lui en vouloir. Il est tellement jovial.”
Sara Dziri était en cinquième année secondaire à l’institut Saint-Guidon d’Anderlecht quand Romelu y terminera sa sixième. Cela faisait quatre ans qu’il étudiait dans cette école bruxelloise.
“Romelu est arrivé à Saint-Guidon au cours de la troisième année”, se souvient le directeur Piet Vandermot. “Il avait d’abord suivi un premier semestre dans l’enseignement secondaire général (ASO) à l’institut Saint-Nicolas, à Bruxelles également, mais avait reçu, dès décembre, le conseil de poursuivre ses études dans l’enseignement technique. Attention, je suis convaincu que Romelu avait les aptitudes intellectuelles pour réussir en secondaire général. Mais, pour des footballeurs au programme chargé, c’est parfois plus intéressant de suivre des cours pratiques plutôt qu’un enseignement abstrait. Ils n’ont pas forcément besoin de savoir qui est Voltaire, mais, pour leur besoin quotidien, ils doivent savoir converser couramment en français. Je me rappelle avoir moi-même trouvé bizarre d’être à l’origine de son inscription chez nous. Normalement, ce n’est pas le rôle d’un directeur. Mais on m’avait dit que nous accueillions alors un futur crack d’Anderlecht. Dans ces cas-là, vous pensez inévitablement à des noms comme Paul Van Himst ou Robbie Rensenbrink.”

Marco et Romelu.

Marco et Romelu.

Le jeune Lukaku est alors redirigé dans la section tourisme.
“Au cours du deuxième grade, j’ai donné cours de géographie et de français à Romelu”, raconte le professeur Patrick Delfosse. “Il n’assistait pas à tous les cours, mais c’est fréquent que des jeunes joueurs d’Anderlecht manquent une séance en raison de leurs entraînements. C’était prévu dans le cadre du projet Purple Talents. Pour moi, Romelu était un élève comme un autre. Le genre d’élève qui remettait parfois son travail en retard ou qui recevait un savon pour avoir utilisé indûment son GSM. La seule chose qui me frappait, c’était sa grande taille. Mais, pour le reste, c’était encore un enfant.”
“J’ai vraiment commencé à me rendre compte que nous avions un garçon peu ordinaire quand Romelu a effectué ses grands débuts contre le Standard”, poursuit le directeur Vandermot. “À partir de la cinquième, j’ai dû trouver quelqu’un capable d’établir un horaire hebdomadaire détaillé heure par heure pour Romelu, où seraient programmés ses entraînements, ses matches et ses obligations scolaires. Il fallait pour cela un professeur qui accepte de le faire, en plus de ses heures de cours, tout en le conciliant avec sa vie privée. Il fallait aussi que cet enseignant ne donne pas cours à Romelu, pour que naisse un véritable lien de confiance. Comme Patrick Delfosse n’enseignait ni en cinquième ni en sixième, je lui ai demandé d’être cet homme-là. En outre, Patrick n’était guère amateur de football. Il n’y avait donc pas de risque qu’il discute essentiellement de ce sujet avec Romelu.”

Avec son accompagnateur personnel de l'époque, Patrick Delfosse.

Avec son accompagnateur personnel de l'époque, Patrick Delfosse.

Romelu, star Lukaku a alors pu de même bénéficier du soutien de ses propres condisciples. Marco Sarcinella, aujourd'hui à Beringen en première provinciale, portait également le maillot mauve et, depuis la quatrième année, étudiait dans la même classe que Romelu : “Anderlecht m’avait transféré en provenance du Racing Genk. J’ai donc abouti moi aussi à l’institut Saint-Guidon. En quatrième, j’ai suivi l’option tourisme. Mais, le premier jour, j’étais un peu perdu. Romelu est alors venu vers moi et c’est lui qui m’a familiarisé avec cette école. Alors, nous étions souvent l’un à côté de l’autre dans la classe. Régulièrement, nous recevions une remontrance des enseignants parce que nous parlions un peu trop bruyamment de football. En cinquième année, nous avons décidé tous les deux de passer à l’orientation Accueil et Relations publiques. C’était plus facile à combiner avec notre sport. Puis, lorsque Romelu a été intégré dans le noyau A du Sporting, il était naturellement plus souvent absent aux cours. Il essayait cependant d’être présent au maximum et, lorsqu’il était là, il s’efforçait toujours d’y être l’un des plus actifs. Quand il n’était pas là, je prenais les notes pour lui. Je l’aidais également en mathématiques, car ce n’était pas sa branche préférée. Et Romelu m’aidait en français, car j’avais étudié en néerlandais, alors qu’à Saint-Guidon, quasi tous les élèves sont bilingues.”
“En cinquième, c’était encore relativement simple d’établir son programme”, intervient Patrick Delfosse. “Mais, à la fin de cette année-là, il est devenu champion avec Anderlecht, a remporté le titre de meilleur buteur et a effectué son entrée en équipe nationale. Après, le puzzle est devenu plus compliqué à résoudre... Il y a également tout un tas d’obligations publicitaires. Tous les professeurs me faisaient suivre des tâches pour Lukaku. Toutes les semaines, je regardais ses heures de disponibilité et je lui disais quels travaux scolaires il ferait bien de réaliser à ce moment. Sans cette structure, il se serait noyé. Lorsqu'il y avait un bloc de quatre heures le jeudi pour étudier, on me téléphonait souvent le mercredi soir pour me demander de le libérer deux heures pour une séance de dédicaces. Avec sa carrière de footballeur, Romelu avait littéralement une troisième vie: étudiant, footballeur et désormais vedette. Romelu est vite devenu un Bekende Vlaming (NdlR : personnalité flamande médiatiquement très connue, dont tous les faits et gestes sont suivis de près). C’était la vie qui lui convenait le moins, mais cela fait sans doute partie de sa carrière, non ? Avant cette époque, il pouvait encore se rendre à pied à l’école. Mais, un jour, Romelu a dû nous prévenir qu’il arriverait en retard, car il avait été arrêté par un groupe de fans qui voulaient des autographes. Depuis, il se déplaçait partout en voiture.”
“Dans la rue, Romelu cachait parfois son visage sous un capuchon”, témoigne son amie, Sara Dziri. “Je pense qu’il aimait venir à l’école, car il pouvait encore y être lui-même. Il aurait aimé être un adolescent anonyme, comme un autre. Ceux qui ont regardé De School van Lukaku à l'époque affirmaient parfois que Romelu avait une vie facile. Il ne devait pas venir tous les jours à l’école et pouvait jouer au football, mais il aavit, au contraire, une vie plus pénible que la nôtre. Tant à l’école que sur un terrain de football, il devait répondre à toutes les attentes.”

Au travers de l’émission De School van Lukaku, toute la Flandre a pu apprécier quel genre de vie menait Romelu

De School van Lukaku, diffusé par Eén en 2010.

“Pendant toute une année, nous avons filmé dans cette école”, explique la régisseuse Annick Bongers. “Le premier jour, Romelu était un peu effarouché par les caméras. Mais, par la suite, il est redevenu lui-même. Dans la cour, il y avait de plus en plus d’élèves qui s’attroupaient autour de lui pour lui demander quelque chose. Quand il le leur refusait, c’était toujours avec politesse. Il savait très bien qui étaient ses vrais amis. Avec ces camarades, nous avons organisé, dans un restaurant marocain, une petite fête pour son 17e anniversaire. Nous avons pu tout filmer. Une seule fois, il a fermé l’accès à la caméra. C’était lors de son examen oral en religion. Jusqu’à la dernière seconde, il était occupé à réviser son cours. Mais il était trop nerveux pour se laisser filmer. Finalement, il a réussi son examen.”
“Les examens constituaient toujours une période de grande nervosité”, confirme son accompagnateur de l'époque, Patrick Delfosse. “Pendant la session d’examens, cela arrivait que Romelu me sonne la nuit car il pensait qu’il lui manquait une partie du cours ou qu’il ne comprenait pas quelque chose. Je lui donnais alors un conseil. Je faisais pour lui des synthèses de la matière vue, mais, au bout du compte, c’est lui qui devait étudier. Tout seul, c’était tout sauf évident.”
“S’il y en a qui croient que Romelu a reçu son diplôme sur un plateau, je dois les décevoir”, insiste le directeur, Piet Vandermot. “Il devait connaître et être capable de faire, comme n’importe quel autre élève, tout ce qui est prévu dans le programme scolaire. La matière lui était simplement enseignée de manière différente, plus créative. Ainsi, il ne pouvait jamais assister aux cours d’espagnol, en raison de ses entraînements. C’est pourquoi nous avions mis sur pied des cours particuliers, en collaboration avec Anderlecht. Nous avions indiqué à l’enseignant quelles étaient les aptitudes finales à acquérir et l’examen a eu lieu dans notre établissement. L’objectif, ce n’était pas que Romelu puisse seulement donner des interviews sur le football en espagnol...”
Carlo Vancamp était le professeur qui enseignait l’espagnol et l’anglais à Romelu. Il travaillait pour le bureau de traduction Elan Languages.
“Deux à trois heures par semaine, nous travaillions ensemble dans un local du Sporting”, explique Vancamp. “Romelu pouvait déjà se débrouiller chez le boulanger en espagnol. Naturellement, nous évoquions parfois le football et je lui conseillais de parler espagnol avec ses équipiers, Biglia et Suarez...”
Tous les professeurs appréciaient la motivation qui animait Lukaku, mais ils faisaient preuve eux-mêmes d’un dévouement comparable.
“Si Romelu échouait à un test, il suppliait le professeur pour pouvoir le repasser”, sourit son ancienne condisciple Marco Sarcinella. “Le 4/10 devenait alors rapidement un 6/10. Les professeurs consentaient des efforts supplémentaires pour les joueurs d’Anderlecht. Beaucoup restaient plus tard à l’école pour donner des cours de rattrapage ou de guidance. Certains répondaient parfois à nos questions par mail. Romelu et moi avions ainsi reçu des leçons complémentaires en mathématiques. M. Van den Dale était un superprof de maths. Bien qu’il soit supporter de Genk. Pour taquiner Romelu, il venait parfois à l’école avec une écharpe aux couleurs du Racing.”
Quelle était la branche de prédilection de Romelu ?
“Il recevait toujours le plus de points en... religion, mais personne ne lui arrivait à la cheville en éducation physique”, poursuit Marco. “Nous jouions le plus souvent au football. J’avais pu également filmer, avec mon GSM, un dunk de Romelu. L’anneau de basket était certes placé un peu plus bas, mais il se prenait pour Kobe Bryant, des Los Angeles Lakers. Pour ses présentations et ses stages, Romelu recevait également de bonnes notes.”
L’élève qui suivait l’option Accueil et Relations Publiques dut évidemment développer des talents d’organisation et être à l’aise dans tout ce qui touche à la communication.
“Lors de la fête de l’école, Romelu, en costume, devait accueillir des invités et distribuer les flyers”, dévoile Sara Dziri. “De conserve avec Marco, il a dû un jour présenter un quiz sur le sport. Comme ils ne pouvaient être présents à l’école ce jour-là, ils avaient enregistré une vidéo. Comme connaisseurs du sport, ce travail leur convenait parfaitement. Son stage officiel, il l’a effectué au bureau principal de Randstad.”
“Quatre semaines durant, Romelu est venu travailler”, confirme Emily Meiresonne, alors porte-parole de la société d’intérim. “Il a accumulé l’expérience dans trois départements : marketing, communication interne et communication extérieure. Il m’a ainsi aidée pour l’organisation de notre journée de la famille à Walibi. Il devait analyser les articles de presse relatifs à notre secteur et devait organiser une conférence de presse sur la situation du marché du travail. Les journalistes spécialisés dans l’économie ont eu une peur bleue quand Romelu est apparu derrière le pupitre. Ils ne pouvaient poser aucune question sur le football. Romelu a été jugé par deux personnes de l’école et deux jurés issus du monde des affaires. Il a été crédité pour ce stage de notes très honorables. Ce garçon semble être fait, depuis le berceau, pour les relations publiques. Il manie plusieurs langues et sait très bien se maîtriser. Il était également très populaire dans notre société. Dès que Romelu était là, énormément de gens venaient solliciter un autographe. Ce qui m’a frappé, c’est qu’il y avait aussi beaucoup de femmes. Chaque fois, c’était pour leur mari ou leur fils.”
Avec son visage de jeune premier et son corps d’athlète, Romelu Lukaku éveillait évidemment l’attention de la gent féminine. Comme tous les adolescents, il a connu durant ces années à l’école une petite amourette. C’était l’époque où il fêtait chacun de ses buts en formant un cœur avec ses deux mains.
Son diplôme en poche, Romelu décrocha aussi, à 18 ans, un autre examen: son permis de conduire. Dans le cadre d’un partenariat avec la marque de voitures Seat, il bénéfiçia à l'époque des cours particuliers d’un moniteur tout aussi particulier: Marc Duez.
S’il avait dû s’y reprendre à deux reprises pour son examen théorique, il eut cette fois tout de suite visé dans le mille.
“Nous avons roulé plusieurs heures ensemble”, explique l’ancien rallyman. “La première chose que fait Romelu après s’être installé derrière le volant, c’est de mettre un CD de hip-hop ou de rap. J’appelle ça une musique de sauvage, mais il n’était heureusement pas du genre à rouler comme un fou. Au contraire, Romelu était un chauffeur adroit et prudent. Un jour, mon fils de 11 ans, Jan, nous avait accompagnés. Il a somnolé sur la banquette arrière. Quand je lui ai demandé pourquoi il s’était endormi, il m’a répondu : ‘Parce que Romelu roule trop lentement.’ Quand, pour la première fois, Romelu, sur un circuit, a atteint les 110 km/h, il s’arrêta pour envoyer un SMS à son frère Jordan. Quand, pour la première fois, je l’ai laissé conduire seul la voiture et que je suis resté en bord de circuit à l’attendre, j’ai d’abord entendu la musique avant de voir la voiture arriver. Nous avons déjà également roulé sur autoroute et dans le centre de Bruxelles. Romelu est un chouette gars. Après une leçon, il est une fois resté 20 minutes de plus dans mon garage pour jouer au football avec mon fils. Pour Jan, c’était le jour de sa vie et Romelu était heureux de lui faire plaisir.”
Depuis son éclosion à Anderlecht, il se passait peu de jours où Romelu pouvait se comporter comme un adolescent ordinaire. C’est pourquoi les trois jours d’excursion scolaire passés à Londres avec sa classe, au terme de la cinquième année, restèrent un moment mémorable.

Lukaku découvre Stamford Bridge... lors d'un voyage scolaire.

“Nous avions voyagé en bus et en bateau vers Londres”, se remémore Marco Sarcinella. “Comme nous devions être à 5 h 30 du matin à l’école, j’avais passé la nuit chez Romelu. En fait, nous avons passé la nuit à jouer à la PlayStation ! À Londres, nous séjournions dans une famille d’accueil. Ces gens-là n’avaient jamais entendu parler de Lukaku. Jusqu’à ce qu’ils regardent des vidéos sur YouTube et n’en croient pas leurs yeux. À Londres, nous avons également visité un palais des horreurs, avec des personnages inquiétants qui vous touchaient. C’était assez cocasse de voir combien pouvait avoir peur un grand costaud comme Romelu. Naturellement, à Londres, Romelu en a profité pour aller acheter le maillot de Chelsea de son idole, Didier Drogba. Avec toute la classe, nous avons visité Stamford Bridge, le stade de Chelsea. Quand il monta dans la tribune, Romelu sembla ému. ‘Marquer ici devant 50.000 personnes’, dit-il, avec la gorge nouée. C’était son moment à lui.”

Lukaku dans la tribune de Stamford Bridge.

Lukaku dans la tribune de Stamford Bridge.

“Dans les rues de Londres, il pouvait encore se promener assez anonymement, mais il y avait déjà des touristes étrangers qui le reconnaissaient”, explique le directeur, Piet Vandermot. “Je suis heureux de sa réussite. Et quand il reçut son diplôme, j'étais fier: il me l'avait promis ainsi qu’à son père. À un seul moment, il a pensé abandonner ses études. Il traversait alors une période plus difficile sur les pelouses. Chacun s’est efforcé de le convaincre. Peu d’élèves avaient mon numéro de GSM, mais Romelu, lui, l’avait à sa disposition...”

4. Buteur mauve

Lukaku à Anderlecht:

10 moments forts

2006 > août 2011 (98 matches, 41 buts)

Retour sur 27 mois en mauve

1. 24/05/2009 :
premier match lors du test-match au Standard
En 2008-09, le titre national a été attribué au terme d’un test-match opposant le Standard à Anderlecht. Au stade Vanden Stock, le Standard s’était imposé par 0-1 à l’aller. Au retour, Ariel Jacobs lance au jeu, à la 65e minute et en remplacement de Bernardez, le tout jeune Romelu Lukaku. Le fils de Roger débute en équipe fanion à 16 ans et 11 jours. Il est le plus jeune débutant jamais aligné par le Sporting.

A la lutte avec Witsel, lors de son premier match, le test-match au Standard.

A la lutte avec Witsel, lors de son premier match, le test-match au Standard.

2. 22/08/2009 :
premier but en championnat, à Zulte Waregem
Anderlecht est privé de Frutos et de De Sutter, tous deux blessés. Kanu entame la rencontre comme attaquant de pointe. Romelu Lukaku le relaie à la 67e minute. Il couronne son entrée en matière par un premier but.

Premier but en D1, à Waregem.

Premier but en D1, à Waregem.

3. 17/12/2009 : premiers buts européens, à l’Ajax
Romelu Lukaku crève une première fois l’écran, en Europa League, à l’Ajax Amsterdam. Le prodige inscrit deux buts et offre le troisième à Legear.

Lukaku lessive l'Ajax.

Lukaku lessive l'Ajax.

4. 03/03/2010 : première cape
Romelu Lukaku effectue ses débuts internationaux près de sept mois après ses débuts en championnat. Il est le deuxième plus jeune Diable Rouge, après Paul Van Himst. La Belgique s’incline devant la Croatie (0-1).

Première cape de Diable.

Première cape de Diable.

5. Troisième puis deuxième au Soulier d’or
Au terme de sa première saison, en 2008-09, Romelu Lukaku
termine 3e au Soulier d’Or 2009. Un an plus tard, il progresse d’un échelon: 2e derrière son partenaire Boussoufa.

2e du Soulier d'Or 2010.

2e du Soulier d'Or 2010.

6. Plus jeune meilleur buteur
En 2009-10, Romelu Lukaku termine, avec 15 buts, meilleur
buteur de la phase classique du championnat. À 16 ans, 10 mois et 8 jours, il est le plus jeune meilleur buteur belge officiel de tous les temps.

Meilleur buteur 2009\/2010.

Meilleur buteur 2009/2010.

7. Premier titre national en 2010
Romelu Lukaku accuse une panne d’efficacité lors des premiers playoffs de l’histoire, au terme de la saison 2009-10. À cinq journées de la fin, Anderlecht est officiellement sacré, au terme de son match au Club Bruges. “Un titre est la plus belle consécration dont on puisse rêver", assure-t-il alors. "Je vais le fêter ce soir puis j’irai sagement dormir : demain, je dois étudier pour mes examens."

Champion de Belgique 2010.

Champion de Belgique 2010.

8. 17/11/2010: premier but avec les Diables
La Belgique s’impose en Russie, coachée par Dick Advocaat, le sélectionneur qui l’a lancé en équipe nationale. Romelu Lukaku inscrit les deux buts de la victoire des Diables. Il est le plus jeune buteur international belge depuis 50 ans.

Bons baisers de Russie.

Bons baisers de Russie.

9. 826 minutes sans but
La deuxième saison anderlechtoise de Romelu Lukaku est globalement moins impressionnante car elle est émaillée de hauts et de bas. Il n’a que 17 ans mais la pression qui pèse sur ses épaules est énorme. Il traverse ainsi une période de basse conjoncture de neuf matches de championnat plus un affrontement avec les Diables sans inscrire le moindre but, soit 826 minutes. Il marque contre Eupen.

Il fut renversant, à Eupen.

Il fut renversant, à Eupen.

10. 05/08/2011 : son dernier but anderlechtois contre Malines
Battu à Louvain lors de la journée d’ouverture, Anderlecht doit une revanche à ses supporters. Il la concocte contre Malines. À la 78e minute, Suarez lance Lukaku en profondeur. Romelu ponctue l’action et scelle le score. Il a tiré sa révérence avec élégance.

Dernier but en D1 belge, à Malines.

Dernier but en D1 belge, à Malines.

5. Chelsea

Chelsea, le grand saut

18 août 2011 > 10 août 2012
Juillet 2013 > 2 septembre 2013
(15 matches, 0 but)

“Dans la tribune, je deviens fou”

Romelu Lukaku, sur son expérience à Stamford Bridge
Romelu Lukaku a ciré le banc de Chelsea, trop souvent à son goût, lors de sa première saison en Angleterre.

Romelu Lukaku a ciré le banc de Chelsea,
trop souvent à son goût, lors de sa première saison en Angleterre.

Lukaku, lors de son arrivée à Chelsea.

En ce samedi 27 août 2011, le ciel londonien est d’un bleu qui tend vers l’azur. Le soleil inonde de ses rayons généreux Stamford Bridge. Frank Lampard vient de transformer un énième penalty pour Chelsea pour permettre aux siens de prendre l’avantage contre Norwich (2-1). Au bord, du terrain, André Villas-Boas tape sur l’épaule de Romelu Lukaku.
17 jours après avoir mis les pieds à Londres, 9 après sa signature, l’attaquant qui n’avait jamais assisté en live à un match anglais s’apprête à plonger dans un autre monde. À réaliser son rêve d’enfant : jouer en Premier League sous le maillot de Chelsea. Son idole de toujours et désormais voisin dans le vestiaire, Didier Drogba, est sortie KO quelques minutes plus tôt. Fernando Torres lui donne l’accolade au moment de lui céder sa place. Au chronomètre, il ne reste que 7 minutes à disputer mais le temps additionnel à rallonge en octroiera 10 de plus à l’attaquant qui, sur son premier ballon, se défait du marquage de Ritchie De Laet grâce à son contrôle pour lâcher les chevaux. La puissance de sa course arrache un rugissement de plaisir à Stamford Bridge que l’attaquant croit faire exploser à deux reprises. Mais ni sa tête sur un centre de Nicolas Anelka, ni sa frappe du gauche trop écrasée ne parviennent à tromper Declan Rudd qui cède par contre devant Juan Mata qui préfère la jouer perso plutôt que de servir Lukaku idéalement placé.Mais il en faut plus pour empêcher le Diable de sourire. Encore et encore.

Lukaku a ses débuts avec Chelsea.

Lukaku a ses débuts avec Chelsea.

“Après 5 minutes, on réalise qu’on est en Premier League, cela va très vite”, explique-t-il alors au micro de la BBC. “C’était incroyable, cela me motive pour en faire encore plus. En tant que jeune, je suis venu pour apprendre, je veux juste montrer au club que si on a besoin de moi, je suis prêt.”
Trois semaines plus tôt, Lukaku avait quitté le Parc Astrid sur son 41e et dernier but anderlechtois en embrassant son maillot contre Malines. Une déclaration d’amour en même temps qu’un au revoir qui ne faisait plus guère de doutes au fil d’un été où son transfert a viré au feuilleton. Durant toute cette période faite de tractations et d’incertitudes, Ariël Jacobs ne le trouve “pas du tout perturbé” et continue à l’aligner à chaque fois. Refusant de discuter de l’avancée des négociations, le Diegemois échange par contre avec son joueur une fois sa signature à Londres actée.
“Nous avions parlé de l’entretien qu’il avait eu avec Villas-Boas qui avait cinq attaquants déjà à sa disposition. Lui savait qu’il allait devoir être le troisième. J’étais mal placé pour juger car je ne connaissais pas les préférences du Portugais mais j’ai dit à Romelu que cela allait être très dur mais qu’à aucun moment, il ne devait se décourager. Il pouvait être un jour titulaire et le lendemain sur le banc ou en tribunes. À ce moment-là, il m’a répondu : ’Dans la tribune, je deviens fou’. Je n’avais pas rebondi là-dessus mais je savais que cela allait être difficile. Mais lui était animé de cette conviction très forte qu’il serait dans les 18.”
Les craintes de Jacobs vont rapidement s’avérer fondées. Quatre jours après ses premiers pas avec les Blues, Lukaku encaisse un premier coup : son nom ne figure pas sur la liste des 22 joueurs rentrée par Chelsea à l’Uefa pour la Ligue des Champions. Et les propos tenus par André Villas-Boas au moment de la signature du Diable prennent une autre résonance.
“Lukaku va désormais faire face à une concurrence qu’il n’a jamais connue dans sa vie. Regardez le nom de nos attaquants : Drogba, Torres, Anelka, Kalou, Sturridge”, énonce le Portugais. “Il doit s’y faire il recevra certainement sa chance plusieurs fois cette saison.”
“Comme tout jeune qui arrive, forcément, cela nécessite du temps et il faut composer en fonction de l’effectif, encore plus à un poste clef comme en attaque où l’expérience a tendance à être privilégiée. Et Dieu sait qu’il y avait de l’expérience à l’époque : devant lui, il y avait presque des légendes”, rappelle Christophe Lollichon, à l’époque en charge des gardiens londoniens. “Il n’a jamais lâché mais il sentait que cela devenait de plus en plus difficile.”
Résultat, ses apparitions s’espacent. 22 minutes à Old Trafford le 18 septembre. 18 autres le 29 octobre lors de la réception d’Arsenal. Puis plus rien jusqu’au 8 janvier…

Romelu a eu peu de temps pour faire ses preuveslors de sa première saison anglaise.

Romelu a eu peu de temps pour faire ses preuves
lors de sa première saison anglaise.

“Il n’a jamais lâché mais il sentait que cela devenait de plus en plus difficile”, se souvient Jacobs, qui échange beaucoup à l’époque avec son ancien protégé “pour continuer à lui donner du courage”.
“Voyant les matches s’enchaîner sans lui, la frustration aurait pu grimper mais il a toujours été respectueux des décisions prises”, rappelle Lollichon. “Didier (Drogba) a toujours chaperonné les plus jeunes, encore plus les attaquants. Cela l’a forcément aidé : quand vous avez des garçons comme Didier qui vous mettent le bras sur l’épaule. Luka observait beaucoup.”
Et il travaillait aussi énormément. “Je me souviens des discussions qu’on avait : il était très lucide à la fois sur son jeu et sur les exigences de son poste. Il dénotait par sa puissance, ses qualités dans les airs et sa vitesse mais il avait aussi des manques techniques à l’époque”, poursuit le Français. “En fait, son rapport avec le ballon n’était pas toujours fluide. Et après chaque séance, Di Matteo le prenait durant 10 ou 15 minutes pour fluidifier son rapport avec le ballon. Le menu était varié, cela pouvait être du tennis ballon, un circuit de passes courtes ou autre chose.”
La promotion de l’Italien début mars à la place de Villas-Boas fait naître un espoir dans le camp Lukaku. Christophe Henrotay, qui gère à l’époque les intérêts du Diable, s’en réjouit : “Di Matteo est celui qui connaît le mieux Romelu. Cela ne peut pas être pire que sous Villas-Boas et cela peut donc signifier un nouveau départ.”
Ou un départ tout court qui germera au fil de l’été 2012 après une saison à 12 apparitions et 0 but, loin, très loin des rêves caressés ce 27 août 2011.

6. West Bromwich

WBA, l'explosion

11 août 2012 > Juin 2013 (38 matches, 17 buts)

“Il est devenu un vrai joueur
de Premier League avec nous"

Youssouf Mulumbu, son équipier à WBA.

Les 17 buts de Romelu sous le maillot de West Brom.

La salle de presse de Neerpede est parcourue par une agitation inhabituelle. Pour la première fois depuis qu’il a quitté le Sporting, Romelu Lukaku y effectue son retour durant cette deuxième semaine du mois d’août 2012, Marc Wilmots ayant fait du centre d’entraînement anderlechtois celui de sa sélection. Le regard du Diable est inhabituellement noir. Ses mots claquent au moment d’évoquer son départ de Chelsea pour West Bromwich.
“J’en avais marre de voir jouer les autres en étant sur le banc, je n’y comprenais rien”, assène-t-il, la voix grave. “Maintenant, c’est le moment de penser à moi. J’ai sacrifié un an de ma carrière. Je ne voulais plus vivre cela. Dès mars, j’ai décidé de vouloir être prêté.”
Ni la préparation estivale plutôt réussie avec les Blues, ni les mots de Roberto Di Matteo ne le feront dévier de sa ligne de conduite.
“West Bromwich, c’est la meilleure option de toutes”, clame le joueur. “Steven Clarke me voulait vraiment.”
Le manager des Baggies a joué de sa force de persuasion et de ses connexions avec Chelsea où il a passé 11 ans en tant que joueur et 4 en tant qu’assistant de José Mourinho pour attirer l’attaquant.
“Quitter le club de son cœur a été un retour à la réalité mais surtout à la raison. Il faut se rendre compte qu’à l’époque, c’est un rêve de jeune qui s’envole peut-être définitivement. Mais je sentais beaucoup de réalisme dans ses propos, de maturité”, note Ariël Jacobs. “Une carrière est faite de tournants importants et celui-là était peut-être le plus vital pour qu’il puisse montrer qu’il pouvait y arriver.”
Mi-août, l’attaquant s’installe dans la grande banlieue de Birmingham.
“Physiquement, il était impressionnant”, se souvient Youssouf Mulumbu. Le milieu franco-congolais des Baggies est vite marqué par “l’envie de progresser de Romelu, c’est quelqu’un qui a conscience de ses qualités mais qui sait aussi qu’il a beaucoup de choses à travailler.”
Il découvre aussi “quelqu’un de très humble, qui est à l’écoute.” Qui n’élude pas non plus son année délicate à Chelsea qui va servir de moteur à son explosion.
“Il nous en a parlé, c’était difficile pour lui, il ne l’a pas caché. Mais en arrivant chez nous dans ce qui pouvait être vu comme un pas en arrière, il a encore travaillé plus pour prouver qu’il pouvait jouer à Chelsea. Il restait après les séances pour travailler la finition, les petits dribbles. C’était quelqu’un qui était là pour travailler, vraiment. Il est venu avec cette idée de bosser, de prouver pour repartir, et c’est ce qu’il a fait. C’est une belle preuve de maturité, tout était clair dans sa tête. Même s’il venait de Chelsea, il écoutait les conseils qu’on pouvait lui donner et, en plus, il les mettait en application sur le terrain.”
Où, très vite, il signe son entrée avec le premier but de sa carrière en Premier League 9 minutes après son apparition sur le terrain contre Liverpool, le 18 août 2012.
“Dès le départ, on a su qu’on pouvait s’appuyer sur lui”, souligne Mulumbu.
Les prémices d’une saison historique sont posées : WBA finira par prendre la 8e place du championnat, son meilleur classement en 30 ans, grâce notamment aux 17 buts de son attaquant.
“Dans notre saison, il a été super important. Dès qu’il était en forme, on faisait un bon match. Dès qu’il marquait, souvent, on avait un résultat qui suivait derrière”, résume Mulumbu. “Il a remplacé Peter Odemwingie qui avait fait une saison terrible, qui avait été élu joueur du mois, ce qui est quelque chose avec une équipe comme West Bromwich, mais il l’a vite fait oublier. Faire ce qu’il a fait est impressionnant. C’est ce qui a marqué la Premier League. En fait, il est devenu un vrai joueur de Premier League avec nous.”
En marquant, encore et encore avec notamment ce triplé contre ManU lors de la dernière journée pour l’ultime rencontre de la carrière d’Alex Ferguson dans un mémorable 5-5.
“Sur ce match, il nous relance en deuxième mi-temps”, sourit Mulumbu. “Romelu, c’est une machine à marquer. Avant un match : tout ce qu’il veut faire, c’est marquer. Il est focalisé sur le but. C’est un peu ce qui manque aux attaquants de nos jours. Avant, on avait des Trézéguet, des Batistuta, et lui, c’est vraiment un buteur, comme eux.”

Quand Lukaku fait le malheur de ManU...

Qui inscrira son dernier but pour les Baggies sur un service de Mulumbu dans la douceur d’un après-midi du mois de mai.
“Il a marqué des buts mais aussi les esprits”, s’amuse l’international congolais. “On sait que Chelsea détient le record de prêts en Angleterre. Être prêté n’est pas forcément toujours positif mais lui a montré que son prêt a été utile et lui a permis de passer à l’étape suivante.”
Dans une autre métropole anglaise : Liverpool, après un crochet par la capitale où il espérait s’établir sous les ordres d’un certain José Mourinho.

7. Everton

À Everton, a star is born

3 septembre 2013 > Juillet 2017 (166 matches, 87 buts)

"Un finisseur phénoménal"

Graham Jones, l’adjoint de Martinez à Everton

Son visage trahit son incrédulité. Ses mains agrippent ses fines tresses. Son regard navigue dans le vide. Manuel Neuer vient de repousser le tir au but de Romelu Lukaku et offre la Supercoupe d’Europe au Bayern. Le sol se dérobe sous les pieds de l’attaquant de Chelsea, malheureux comme une pierre. Daniel Van Buyten a l’élégance de venir réconforter son équipier en sélection avant d’aller célébrer ce nouveau trophée. David Luiz suit. Rien n’y fait. Lukaku est dépité.

Lukaku rate le tir au but décisif en Supercoupe avec Chelsea.
Son dernier match en Blue.

“J’ai souffert pour lui, il a fait une fantastique saison l’an passé et il va devenir un formidable attaquant”, lâche Frank Lampard au micro de la BBC.
Parti en Chine, son idole Didier Drogba ne l’oublie pas : “Continue à travailler dur, des jours meilleurs viendront”, écrit l’Ivoirien sur les réseaux sociaux. “Les Blues n’abandonnent jamais. Tu es un Blue, tu es Chelsea.”
Le Diable ne le sera plus 72 heures plus tard. Ce tir au but manqué résonne comme le cruel épilogue de sa vie dans le club de ses rêves. L’été avait pourtant fait naître des promesses : de retour à Londres, Lukaku avait marqué des buts et les esprits en préparation avec 5 réalisations, le meilleur total de l’effectif. Mais dans l’esprit de José Mourinho, lui aussi de retour, s’est installé le doute. Dès la reprise du championnat, le Portugais, qui peut compter en pointe sur Fernando Torres, Demba Ba et Romelu Lukaku, ne ferme pas la porte à l’arrivée d’un nouvel attaquant alors qu’il ne joue qu’avec un avant-centre.Le 29 août, au lendemain de la perte de la Supercoupe, la venue de Samuel Eto’o est officialisée.
En ce samedi de fin d’été, Lukaku est à Bruxelles et s’apprête à débuter la préparation du déplacement en Écosse, qualificatif au Mondial. Le mercato doit fermer ses portes le lundi qui suit, premier jour du stage. L’attention est focalisée sur Marouane Fellaini dont le départ d’Everton pour Manchester United finit par se décanter sur le gong. Comme le prêt de Lukaku chez les Toffees. Vers 19h, l’attaquant prend connaissance de l’intérêt d’Everton. Son téléphone s’apprête à chauffer. Le Diable appelle ses parents pour faire le point sur la situation. Puis Roberto Martinez le contacte et le rassure. L’Espagnol a dans sa manche un atout de poids : Kevin Mirallas. Le Liégeois partage le même agent que Lukaku, à l’époque Christophe Henrotay, et entre en scène.
“Je l’ai rejoint dans sa chambre et je ne l’ai pas quitté avant qu’il signe”, s’amuse celui qui a rejoint Everton un an plus tôt.
Un ultime coup de fil de José Mourinho valide définitivement le prêt.
“Ensemble, on s’est dit que c’était la meilleure solution”, explique Lukaku, qui refuse les offres de Malaga et, surtout, de West Bromwich.
“Il a bien fait d’aller à Everton”, reconnaît, beau joueur, Mulumbu.
“Je pensais rester, mais seulement à 90 %, j’avais quelques doutes sur mon temps de jeu”, ne cache pas Lukaku. “À mon âge, je dois absolument jouer.”
Surtout quand se profile à l’horizon de sa fin de saison la Coupe du Monde 2014 au Brésil.

Son arrivée à Everton suscite l’engouement.
“Les attentes étaient élevées à la fois parce qu’il sortait d’une bonne saison à West Bromwich mais aussi parce que les supporters d’Everton étaient persuadés que Chelsea allait vouloir le reprendre. Et ils n’avaient pas non plus oublié que quelques années plus tôt, David Moyes avait parlé d’un jeune avant-centre de 16 ans qui allait devenir un joueur de
classe mondiale et qui marquait déjà beaucoup avec Anderlecht”, se rappelle Greg O’Keeffe, qui suit le club pour le Liverpool Echo. “Les gens avaient donc encore son nom en tête.”
Son prêt s’intègre aussi dans un contexte mouvant : le club vient de tourner la page David Moyes, en poste depuis 11 ans, et entre dans l’ère Roberto Martinez, que le Diable va personnifier en faisant d’emblée l’unanimité au sein du staff de l’Espagnol.

“On pouvait deviner à quel point il était sérieux sur le football. C’était toute sa vie.
Il parlait même des entraînements”

Graham Jones.

“À l’époque à Everton, nous avions vraiment besoin d’un joueur pour mettre le ballon au fond des filets. Et lors des dix dernières années, je n’ai croisé personne qui faisait cela aussi bien que Romelu Lukaku”, explique Graham Jones, qui était déjà l’adjoint de Martinez. “Je me souviens avoir parlé football à Romelu et on pouvait deviner à quel point il était sérieux à ce sujet. C’était toute sa vie. Il parlait même des entraînements. Très peu de joueurs parlent d’entraînements ! Et comment il voulait que l’on travaille… Je me rappelle avoir dessiné des schémas de finition pour lui, avec des centres et le reste… Il avait apprécié. Il était enthousiasmé par tout ça. J’ai tout de suite eu un bon feeling avec Romelu et cela n’a pas changé. Nous avons traversé de bons et de mauvais moments ensemble.”
Les bons se concentrent sur leurs 30 premiers mois de vie commune. Comme avec West Bromwich, l’attaquant a le bon goût de signer son entrée par un but. Pas contre Chelsea, le premier adversaire d’Everton après son arrivée puisque la Premier League interdit à un joueur prêté d’affronter un club dont il est propriété, mais devant West Ham. Entré à la pause, le Diable offre la victoire aux siens à la 85e minute sur un centre de Kevin Mirallas en marquant de la tête après un contact avec O’Brien. Sans pouvoir en garder un souvenir impérissable. “J’étais un peu groggy et j’ai tout de suite demandé au médecin : ‘Qui a marqué ?’ Il m’a répondu : ‘C’est toi’.”
“Cela a facilité les choses, clairement”, se rappelle Sylvain Distin, qui parle d’un jeune homme “calme et discret qui s’est fait sa place doucement dans le vestiaire”.

Sylvain Distin a apprécié jouer avec Lukaku: "Il fait partie des jeunes
qui ont encore la tête
 sur les épaules  et qui savent écouter"

Sylvain Distin a apprécié jouer avec Lukaku: "Il fait partie des jeunes
qui ont encore la tête  sur les épaules  et qui savent écouter"

Quatorze ans plus vieux, le Français est marqué par l’écoute de son nouveau partenaire. “Il y a beaucoup de jeunes qui n’écoutent pas grand-chose et qui font ce qu’ils ont envie. Lui fait partie des jeunes qui ont encore la tête sur les épaules et qui savent écouter.”
Et le défenseur lui tient souvent le même discours.
“Romelu est surtout étonnant par sa force physique”, souligne celui qui, niveau gabarit, avec ses 1,93 m pour 88 kilos, boxe dans la même catégorie. “Même encore aujourd’hui, je ne pense pas qu’il s’en rende compte, il est costaud naturellement. En tant que défenseur, ce que je lui disais souvent, c’est qu’il ne s’en servait pas assez. C’est une arme qu’il a. Dans les contacts, tu te rends compte que c’est costaud. Il ne jouait pas assez dessus. Je lui disais que c’était déstabilisant pour les défenseurs et qu’il devait plus en user.”
L’utilisation de son corps n’est pas le seul axe de développement du joueur. Comme du temps de Chelsea, où il répétait ses gammes avec Roberto Di Matteo, Lukaku rallonge les séances et Roberto Martinez lui fait beaucoup répéter ses gammes avec Ross Barkley, qui deviendra vite son complice sur le terrain. Le travail est aussi physique.
“Avec Romelu, nous avions établi un programme assez précis”, dévoile Martinez. “Au début, il n’était pas capable de jouer 90 minutes au même rythme. Quand il a signé à Everton, il n’avait joué que 9 matches complets avec Chelsea et WBA. Après avoir progressé physiquement, on a travaillé son jeu dos au but. Mais il a toujours eu ce sens naturel de la finition.”
Qui n’a cessé de se développer. Après une saison à 16 buts, Everton décide au retour de la Coupe du Monde 2014 d’acheter le joueur. L’affaire se fait très vite pour un montant toujours record dans l’histoire du club : 35 millions. La pression est intense. En privé, Roberto Martinez lâche : “S’il ne marque pas au moins 20 buts, nous allons être très critiqués”.
“C’était risqué, car il n’avait que 21 ans à l’époque”, confirme Jones. “Il avait déjà du rendement mais était dans le même temps encore dans un processus d’apprentissage. Il n’était pas un produit fini. Quand on achète un joueur de 28 ans, on sait pourquoi on paie. Avec un jeune, c’est moins évident. Mais on savait que la marge de progression de Romelu était très grande et on a eu raison. C’est un finisseur phénoménal. En plus, c’est un garçon intelligent, avec beaucoup de caractère. Et il est obsédé par le foot et la volonté de s’améliorer. On voit ça chez peu de joueurs. Son évolution a été exceptionnelle.”

La paire belge Lukaku - Mirallas fit le bonheur d'Everton.

La paire belge Lukaku - Mirallas fit le bonheur d'Everton.

20 buts en 2014/2015, puis 25 la saison suivante où le fil avec Martinez finit par se distendre et rompre.
“Ni plus, ni moins qu’avec les autres joueurs”, défend Mirallas.
L’arrivée de Ronald Koeman durant l'été 2016 avec un jeu plus direct a résonné comme un nouveau départ pour le chouchou de Goodison Park. Mais en le comparant à Patrick Kluivert parce que “comme lui, il pourrait jouer au Barça”, le Néerlandais fit grincer les dents en même temps qu’il mettait la pression sur ses dirigeants pour qu’ils retiennent leur joyau pour que celui-ci fasse franchir un cap à son club. Mais Everton devint vite trop petit pour lui.
“La progression de Romelu a toujours été constante. À chaque match qu’il joue, il exploite mieux son potentiel. Et son potentiel peut faire de lui l’un des meilleurs attaquants de la planète. À 23 ans, il avait déjà inscrit 50 buts en Premier League. C’est aussi bien que Ronaldo et mieux que Rooney !” clame Roberto Martinez.
Luka a tout compris du football anglais, c’est quelqu’un qui va aller loin et qui est déjà loin”, confirme Christophe Lollichon.
Et Sylvain Distin d’ajouter : “Il est encore jeune. Il a 24 ans. Quand on parle de lui, on a l’impression qu’il en a déjà 27 ou 28. S’il conserve cette ligne de conduite, il ne sera pas loin des meilleurs joueurs du monde dans pas longtemps.”
Son départ vers Manchester United, durant l'été, s'inscrivait dans cet objectif. Everton ne pouvait lui offrir de briller en Ligue des Champions, par exemple, un passage obligé pour s'installer dans le cour des grands. Surtout après la fantastique saison 2016/2017 de Romelu, où seul un monstrueux Harry Kane l’a privé du titre de meilleur buteur. Tout n’a pas été parfait dans sa saison et il a notamment manqué d’impact face aux membres du Top 6. Mais avec ses 25 réalisations et ses 6 passes décisives, sa dernière saison à Everton fut une réussite qui se traduit par un autre chiffre, 50 %, comme son taux d’implication dans les buts des Toffees.

Duncan Ferguson et la corde
Avant Romelu Lukaku, les supporters d’Everton ne juraient que par Duncan Ferguson. L’Écossais a longtemps
été le chouchou de Goodison Park qu’il a fait vibrer dans son plus pur style britannique fait de puissance et coup de tête ravageur. L’attaquant était plutôt du genre difficile à bouger. À son arrivée à Everton, Roberto Martinez s’est appuyé sur celui qui était à l’époque éducateur à l’Académie en lui demandant
de s’occuper spécifiquement des attaquants. Et donc de Romelu Lukaku.
“Duncan est une légende et une véritable armoire à glace”, s’amuse Graham Jones. “Avec lui, on attachait Romelu Lukaku à une corde, pour développer sa puissance et son explosivité. On aurait pu croire que cela aurait posé problème à Romelu, mais il se débrouillait très bien. Et il en redemandait.”

8. Man United

Old Trafford, le théâtre de ses rêves

Juillet 2017 >
(9 matches, 10 buts) au 27/09/17

À Manchester United, l’attaquant des Diables a tout pour continuer sa progression et se rapprocher de l’élite mondiale

Lukaku a annoncé son arrivée à ManU à Pogba
via une vidéo postée sur les réseaux sociaux.

Fini les faire-part. Le mariage a été officialisé sur les réseaux sociaux durant l'été. Parce qu’il faut vivre avec son temps...
C'est sur Instagram, au travers d’une vidéo avec son pote Pogba mettant en scène les deux hommes où Lukaku a donné rendez-vous à son compère “demain à l’entraînement” parce que “tout est carré” et surtout “que le suspense est fini”, que le transfert de Lukaku à ManU a été acté.
Romelu Lukaku souhaitait franchir un cap en disputant enfin la Ligue des Champions. Manchester United était à la recherche d’un avant-centre d’envergure pour succéder à Zlatan Ibrahimovic. Les deux parties étaient faites pour s’entendre, avec dans le rôle des entremetteurs Mino Raiola et Paul Pogba, et dans celui de maître de cérémonie José Mourinho. L’été a été léger. Comme une lune de miel que le Portugais a parsemé de mots doux susurrés dans le creux de l’oreille de son attaquant qu’il trouvait “brillant”, “fait pour Manchester United” avec “une grosse personnalité”. Lukaku, lui, assure “avoir déjà progressé” au contact d’un entraîneur qui l’avait snobé à Chelsea. Les trophées attendront un peu, pas les buts : l’attaquant en a inscrit trois en préparation puis un contre le Real Madrid lors de la Supercoupe d’Europe, après avoir manqué aussi une grosse occasion, trois autres en Ligue des Champions et six lors de ses six premiers matches de Premier League sous le maillot des Reds Devils.
Mais il a déjà découvert le poids des attentes, les doutes qui affleurent lorsqu’il est question de l’avant-centre titulaire de Manchester United qui, d’Andy Cole à Robin Van Persie en passant par Dwight Yorke, Ole-Gunnar Solskjaer, Ruud Van Nistlerooy ou encore Dimitar Berbatov, a vu passer des finisseurs de grands talents ces deux dernières décenies.
Légende vivante du club désormais consultant pour Skysports, Ryan Giggs ne s’en est pas caché avant les trois coups de la saison anglaise.
“Romelu Lukaku va marquer beaucoup de buts, il n’y a pas de doutes là-dessus. Il doit encore travailler sa première touche de balle mais il a déjà marqué beaucoup avec West Bromwich et Everton et aura encore plus d’occasions aussi à Old Trafford”, a relevé le Gallois. “Ce qu’il n’a pas expérimenté, c’est la pression liée au fait d’être l’avant-centre de Manchester United. Il y a eu trop de matches à domicile où nous ne nous sommes pas créées assez d’occasion mais cela ne dépend pas que de Lukaku, toute l’équipe doit faire mieux.”
Glenn Hoddle, dans le Daily Mail, avait, lui, étalé “ses doutes”. “Nous savons pourquoi Mourinho ne comptait pas sur lui à Chelsea. C’était à cause de sa première touche de balle”, a écrit l’ancien sélectionneur anglais. “Mon sentiment avec lui, c’est qu’il a besoin d’espace pour jouer et pour se projeter. Il est meilleur quand il en a. Or, il n’en aura pas à Old Trafford face à des équipes qui vont se regrouper pour défendre. Il va marquer sur phases arrêtées mais je suis impatient de voir combien de buts il marquera dans le jeu à domicile. La vie sera peut-être difficile pour lui. United a fait 10 nuls à la maison, n’a marqué que 26 buts. Même Everton a fait mieux. Concrétiser ses occasions s’annonce vital. Lukaku est sous pression.”
Le Diable en a conscience, lui qui aspire à s’inviter à la table des Lewandowski, Suarez et autre Ronaldo.
“Je suis encore loin de leur niveau”, expliquait-il lors de sa tournée médiatique de présentation. “Tout ce que je veux, c’est continuer à progresser. Il y a beaucoup de travail encore à accomplir et j’en suis ravi : cela prouve que je peux devenir un meilleur joueur que je ne le suis déjà.”

Débuts réussis sous le maillot de ManU.

“C’est en étant exigeant qu’on progresse”

Romelu Lukaku

On le dit arrogant. Lui se qualifierait sans doute d’ambitieux. Romelu Lukaku n’a jamais caché que son objectif était de rejoindre les meilleurs avant-centres de la planète. Et pour atteindre son but, le Diable de 24 ans possède un maître : Thierry Henry.
“Il m’a aidé à m’améliorer au niveau des mouvements à adopter sur le terrain, car les siens étaient impeccables”, a expliqué l’ancien Anderlechtois.
Mais preuve que l’apport de Titi ne se limite pas à des détails techniques, le numéro 9 de Manchester apprécie également un autre aspect du coaching du Français, adjoint de Martinez chez les Diables. “Il m’a beaucoup appris sur le plan mental, comment se préparer pour un match et surtout quelles sont les attentes au plus haut niveau, car je lui avais dit depuis longtemps que je partirais dans un grand club”, dit-il. “Il m’a appris l’exigence. Il l’est vraiment beaucoup avec ses joueurs, mais c’est comme ça qu’on progresse.”
De l’ambition, pas de l’arrogance, donc. C’est peut-être ça qui va permettre à la Belgique de franchir un cap, de passer de nation plus que prometteuse à véritable géant européen et mondial.Imperméable à la pression, qu’il préfère qualifier de “challenge qu’il aime”, le joueur a également trouvé à Manchester un terrain d'amitié avec son pote Paul Pogba.
“Il m’a emmené deux ou trois fois devant Old Trafford l’an dernier”, sourit le Diable. “Moi je regardais le stade sans rien dire.”
Le milieu de terrain français a bien fait. Car ce travail de sape a fini par trotter dans la tête de son pote belge…
“On a joué contre eux début avril avec Everton. Là, je suis monté sur le terrain et j’ai senti que cette pelouse était pour moi. C’est là que je me suis décidé.”
La suite, on la connaît : une signature pour 85 millions à ManU, une préparation réussie, un début de saison canon et une entente au beau fixe avec les gars de Mourinho.
“Le stade, l’histoire, les supporters à travers le monde, c’est le plus grand club de la planète…”, assène-t-il. “Sur le plan anglais et européen, c’est le meilleur environnement dans lequel je pouvais progresser, surtout avec ce coach et ces joueurs.”
Comme un certain Zlatan Ibrahimovic, qui sera de retour d’ici quelques mois… Un attaquant expérimenté qui pourra lui aussi permettre à Lukaku de devenir meilleur en élargissant sa palette, notamment au poste de pivot, qui ne plaît pas forcément à Romelu mais qu’il dit pouvoir endosser “sans problème”. Et avec le sourire. Le même qu’il arborera l’été prochain en Russie ?

9. Diable Rouge

Le futur meilleur buteur de l'histoire des Diables doit entrer dans la légende en Russie

La Belgique est devenue début septembre le premier pays d'Europe a obtenir son billet pour le Mondial 2018 en Russie, après sa victoire décrochée contre la Grèce, à Athènes (2-1), grâce à un but de Romelu Lukaku à un quart d'heure du terme. L'attaquant transféré d'Everton à Manchester United cet été pour 85 millions d'euros a confirmé son état de grâce actuel. Déjà auteur d'un coup du chapeau quelques jours auparavant face à Gibraltar, Lukaku a délivré les siens à la 74e minute d'un coup de tête précis à la réception d'un centre de Thomas Meunier.
Décisif donc, avec les Diables, titulaire indiscutable à la pointe de l'attaquant belge, le n°9 de Manchester United a pourtant une histoire commune contrastée avec les Diables. Malgré ses 27 buts en 62 matches pour son pays, depuis sa première sélection le 3 mars 2010 contre la Croatie, il n'a pas toujours fait l'unanimité. Ce qu'il lui manque sans doute, c'est de réaliser un grand tournoi, et de marquer... défintivement l'histoire de la Belgique. Il en aura l'occasion en Russie, cet été. Puisse-t-il ne pas sortir carbonisé d'une saiosn qui sera inévitablement longue et intense avec Manchester United.
Car tant au Brésil, lors du Mondial 2014, ou en France, durant l'Euro 2016, Lukaku a dû vivre sous le feu des critiques. À la Coupe du Monde, il sauva sa compétition en se montrant décisif en huitièmes de finale contre les Etats-Unis, mais il avait perdu sa place de titulaire au profit d'Origi alors que l'absence pour blessure de Benteke aurait dû l'installer confortablement dans le fauteuil du n°9. Et lors de l'Euro, ses deux buts contre l'Irlande, lors du deuxième match, furent suivis par trois matches sans trouver le chemin de filets, et quelques occasions galvaudées. Le Mondial russe doit donc définitivement faire entrer Romelu dans la légende de notre football...

Belgique - Gibraltar avec un triplé de Lukaku.

24 ou 27?

Le triplé de Romelu Lukaku contre le Luxembourg (match annulé à cause des… 7 changements effectués par Wilmots) pourrait tout de même être validé par la Fifa. L’attaquant de Manchester United passerait ainsi de 24 à 27 buts chez les Diables. À 3 longueurs seulement de Paul Van Himst et Bernard Voorhof. Ces deux attaquants avaient atteint le cap des 27 buts au même âge : 28 ans. Lukaku n’a que 24 ans, 4 ans d’avance donc…

"Pour certains, le prix d’un transfert
est synonyme de pression.
Pour d’autres, c’est un boost"

Romelu Lukaku

Romelu Lukaku est devenu, au fil des saison et des buts, souvent importants, inscrits sous la vareuse des Diables, l'indiscutable titulaire du poste d'attaquant de point de notre équipe nationale.
Romelu Lukaku garde l’esprit serein. Ses mots sont à l’image de son début de saison : tout en puissance et droit au but.
Romelu, votre statut en équipe nationale a-t-il changé suite à votre transfert à Manchester United ?
"Je sais que je suis plus regardé et que la barre a été placée un cran plus haut. Mais je m’y étais préparé. Tant au niveau physique et footballistique que mental. J’ai toujours dit que je me sentais prêt à jouer pour un si grand club. Ma faim est encore plus grande qu’avant. Je veux gagner des prix."
Et vous avez commencé en trombe...
"La pré-saison s’est bien déroulée. J’ai eu la chance d’arriver tôt à Manchester. Je connaissais beaucoup d’équipiers avant de signer. J’ai également la chance de pouvoir compter sur un coach qui m’aide beaucoup."
Comment est José Mourinho au quotidien ?
"Il apprend sans cesse et n’arrête jamais. L’an passé, il a remporté trois trophées. On est bien parti cette année mais il garde les pieds sur terre."
Et avec vous ?
"Il est très exigeant. Il sait que je suis plus âgé que la première fois qu’il m’a eu sous ses ordres. J’avais seulement 20 ans et je n’étais pas prêt pour Chelsea. On a gardé contact depuis et quand il m’a appelé pour me convaincre, on a discuté durant une heure. Notre relation est forte."
Vous vouliez vraiment retrouver le Special One!
"Depuis mes 11 ans, je rêve de jouer sous l’égide de José Mourinho. Maintenant que c’est le cas, on essaie de réaliser quelque chose de spécial. Quoi ? Vous verrez ça à la fin. (rires)"
Vous avez coûté plus de 85 millions (sans compter les bonus) et vous n’êtes que le quatrième transfert le plus onéreux de l’été. Vous rendez-vous compte de la flambée des prix ?
"Je savais que ça allait arriver. J’étais certain que le foot allait devenir comme la NFL (la ligue de football américain). On est tellement médiatisés que c’est logique. Le transfert de Neymar ne m’a pas surpris. Pour certains, le prix d’un transfert est synonyme de pression. Pour d’autres, c’est un boost. Je fais partie de la seconde catégorie."
Comment faites-vous pour gérer cela à seulement 24 ans?
"J’étais prêt à vivre tout ça car je l’ai vécu avant avec la carrière de mon père. Il n’y a rien qui change dans ma vie. Je n’ai pas envie d’être une star en dehors du football. J’ai eu une bonne éducation qui m’aide à relativiser.Vous avez une clause dans votre contrat à Manchester United ?"

Car votre père, Roger, a dit que vous pourriez un jour coûter 300 millions d’euros!
"(rires) Il n’y a pas de clause. Je ne compte pas partir de toute façon. J’ai un contrat de 6 ans, je ne bouge pas. Je suis bien là-bas. C’est un grand club."

Roger Lukaku.

Roger Lukaku.

Votre saison sera longue avec trois compétitions nationales et la Ligue des champions. Devez-vous quand même garder la Coupe du monde dans un coin de votre tête?
"Vu ce que nous voulons réaliser avec United, je ne peux pas uniquement penser à la Coupe du monde. Je dois me concentrer sur mon club. ”

Lukaku va battre le record de burs de Paul Van Himst en équipe nationale.

Lukaku va battre le record de burs de Paul Van Himst en équipe nationale.

Roberto Martinez apprécie les progrès de Lukaku

Le sélectionneur des Diables rouges a tenu à souligner la progression de Romelu Lukaku depuis son arrivée à Manchester United
"J'ai noté une grande différence depuis qu'il est à Manchester. Il est encore très jeune, on oublie parfois qu'il n'a que 24 ans, mais le nombre de buts qu'il marque est sensationnel. C'est un joueur qui veut continuer de progresser et apprendre. Ce sera évidemment le cas avec José Mourinho."
L'attaquant des Diables fait un début de saison parfait et semble justifier le montant de son transfert, qui a beaucoup fait parler à son annonce Toujours selon Martinez, Romelu apparaît plus mature qu'avant lors de ses dernières convocations en sélection des Diables Rouges.
Romelu Lukaku a fait des débuts remarqués avec Manchester United. D’où cette question importante à poser à Roberto Martinez : peut-on mettre un joueur à 85 millions sur le banc ?
"Quand on dépense autant, vous voulez le joueur en forme et sur le terrain" , sourit Martinez.
Après cette esquive, il a pris la balle au bond pour défendre le buteur qu’il a vu grandir avec Everton et les Diables.
"Le plus important avec Rom , que je connais bien, c’est qu’il rayonne sur le terrain. Je le vois dans son langage corporel. Quand il manque une occasion, il réagit et fait tout pour mettre la suivante. Romelu n’a que 24 ans et il est déjà un grand finisseur. Certains vont toujours voir ce qu’il ne fait pas bien, mais un joueur ne peut pas tout réussir. C’est impossible. Je suis ravi pour lui : il prend ses responsabilités et assume l’un des rôles les plus en vue dans le football mondial."
Et sa relation avec Thierry Henry, parfois critique envers Romelu...
"Ils ont tous les deux une relation très sincère. Thierry sera le dernier à se satisfaire des prestations de Romelu. Thierry sait ce que Rom traverse et ce qu’il peut faire. C’est bien d’avoir cette franchise. Romelu sait qu’il ne doit pas s’attendre à des compliments de sa part ! Rom est perfectionniste et est obsédé par sa progression. Henry l’aide dans ce processus. Comme à l’époque, Samuel Eto’o l’avait aidé à Everton."